Cameroun : fin de la liquéfaction offshore à Kribi après huit ans

A large LNG tanker at sea during a serene sunset, depicting maritime industry and seascape beauty.Photo : Edu Raw / Pexels

Le départ du Hilli Episeyo referme un cycle inédit pour l’industrie gazière camerounaise. Pendant huit ans, l’unité flottante de liquéfaction opérée par Golar LNG a transformé en gaz naturel liquéfié les molécules extraites notamment du champ Sanaga-Sud, avant leur chargement sur méthaniers. Au total, 10,79 millions de tonnes de GNL ont été produites entre juin 2018 et juillet 2026, pour 156 cargaisons expédiées, selon les documents déposés par l’armateur auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC) américaine. La dernière cargaison a été chargée le 27 juillet 2026, avant un remorquage vers les chantiers Seatrium de Singapour.

Un bilan financier de 1,5 milliard USD qui reste à décomposer

Lors de la présentation de ses résultats du deuxième trimestre 2026, le 13 août, Golar a chiffré à plus de 1,5 milliard de dollars les flux financiers dirigés vers des intérêts publics camerounais sur toute la durée du contrat, soit environ 853 milliards de francs CFA au taux de la Banque de France à cette date. Ce même ordre de grandeur est repris dans le rapport ESG 2025 de l’armateur, publié le 23 octobre 2026. L’opérateur ne distingue toutefois ni la part revenant à la Société nationale des hydrocarbures (SNH), ni les recettes fiscales entrées dans les caisses du Trésor, ni d’éventuels dividendes ou taxes indirectes.

La prudence s’impose d’autant plus que le chiffre d’affaires propre à Golar sur son activité de liquéfaction, lui aussi déposé à la SEC, ressort à 226,8 millions de dollars en 2025 contre 225 millions en 2024, pour une clientèle limitée à Perenco Cameroon et à la SNH. À titre de comparaison, les exportations camerounaises de GNL ont représenté 350,2 milliards de FCFA de recettes officielles en 2025, un ordre de grandeur qui aide à relativiser les montants cumulés revendiqués par l’armateur sur huit exercices.

Fournisseurs locaux et emploi : un ancrage réel mais circonscrit

Sur la durée du projet, Golar déclare avoir mobilisé plus de 70 prestataires camerounais, pour un montant cumulé d’achats supérieur à 80 millions de dollars, soit environ 45,5 milliards de FCFA. Pour la seule année 2025, les dépenses locales hors salaires atteignent 12 millions de dollars, autour de 6,8 milliards de FCFA. Côté ressources humaines, l’armateur mentionne plus de 100 Camerounais employés sur le projet, représentant plus de 40 % des effectifs embarqués, 400 formations dispensées, une trentaine de promotions internes et 70 bénéficiaires de bourses ou d’aides à la scolarité.

Ces chiffres positionnent le Hilli Episeyo dans la moyenne basse des grands projets gaziers du golfe de Guinée en matière de contenu local. À titre de repère, le Nigeria impose depuis la loi NOGICD de 2010 des seuils contraignants de dépenses locales dans les contrats pétroliers et gaziers, assortis d’un fonds dédié géré par le NCDMB. Le cadre camerounais, moins prescriptif, laisse davantage de latitude aux opérateurs sur la définition même de la dépense locale.

L’après-Kribi : redéploiement vers Buenos Aires, recomposition à Douala

Le navire-usine est désormais promis à un contrat de vingt ans avec Southern Energy SA en Argentine, avec un démarrage attendu au second semestre 2027 et un EBITDA ajusté projeté de 285 millions de dollars par an avant exposition aux prix du gaz. Pour Golar, dont le directeur général Karl Fredrik Staubo poursuit une stratégie de monétisation d’actifs flottants, l’affectation sud-américaine sécurise un revenu quasiment équivalent à l’activité camerounaise sur une base annuelle, mais sur un horizon beaucoup plus long.

Pour Yaoundé, l’équation est plus délicate. Dans une note du 5 juillet 2026, la SNH explique la fin des opérations par l’épuisement progressif du gisement associé et par la baisse de rentabilité d’une liquéfaction sur le mode flottant. Le gaz des champs encore productifs sera désormais réorienté vers la centrale thermique de Kribi, pilotée par Kribi Power Development Company (KPDC), ce qui soulagera la demande électrique nationale sans compenser les devises perdues à l’exportation. La SNH évoque enfin des discussions en cours avec d’autres acheteurs de gaz, sans annonce de contrat signé. Entre dépendance au tandem Perenco-SNH, flou sur les relais industriels et pression sur les comptes extérieurs, la filière GNL camerounaise entre dans une phase de reconstruction dont le calendrier reste à écrire.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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