La filière du coton ivoirien aborde la campagne 2026-2027 avec une grille d’achat désormais connue : le kilogramme de coton graine de première catégorie sera payé 310 francs CFA aux producteurs, celui de deuxième catégorie 285 francs CFA. Ces barèmes, qui s’adressent prioritairement aux planteurs des régions septentrionales, cristallisent les arbitrages entre soutien aux revenus paysans, équilibre financier des sociétés cotonnières et compétitivité régionale face aux voisins sahéliens.
Un ancrage dans la stratégie de reconquête du bassin nord
La fixation de ces prix intervient dans un secteur structurellement adossé à la zone savanicole, des régions du Poro, du Tchologo, de la Bagoué, du Hambol et du Gontougo. Le coton y constitue l’une des rares cultures d’exportation à grande échelle, employant plusieurs dizaines de milliers de familles rurales dont les revenus monétaires dépendent étroitement du barème annuel. En stabilisant la rémunération du premier choix à 310 francs CFA, les autorités de la filière cherchent à sécuriser les emblavements au moment où les producteurs préparent leurs intentions de semis pour la saison pluvieuse à venir.
Cet ancrage territorial n’est pas neutre. La culture cotonnière ivoirienne a traversé plusieurs années difficiles, marquées notamment par les attaques de jassides, ces insectes piqueurs-suceurs qui avaient fortement affecté les rendements à partir de 2022 et provoqué une chute de la production nationale sous la barre des 300 000 tonnes, contre un pic historique supérieur à 500 000 tonnes atteint auparavant. La grille 2026-2027 s’inscrit donc dans un effort de reconstruction du potentiel productif, après les plans de riposte phytosanitaire déployés par les sociétés cotonnières et la recherche agronomique.
Une grille lue à l’aune de la concurrence régionale
Le prix plancher de 285 francs CFA et le prix supérieur de 310 francs CFA doivent se lire en miroir des barèmes pratiqués chez les grands voisins producteurs d’Afrique de l’Ouest. Le Mali, redevenu l’un des premiers producteurs continentaux, et le Burkina Faso, longtemps champion régional, pilotent leurs propres prix d’achat selon des mécanismes de lissage fondés sur les cours mondiaux. Le Bénin, devenu le premier producteur ouest-africain ces dernières campagnes avec des volumes avoisinant 600 000 tonnes, a lui aussi fait du prix garanti un outil de fidélisation de ses planteurs.
Dans ce paysage concurrentiel, Abidjan ne peut se permettre un décrochage tarifaire trop marqué sans risquer des transferts de production, des arbitrages défavorables des planteurs frontaliers, voire des flux informels de coton graine vers les usines voisines. Les 310 francs CFA retenus pour la première catégorie se situent dans une fourchette comparable aux pratiques régionales récentes, lesquelles ont oscillé entre 280 et 320 francs CFA selon les pays et les campagnes, en fonction de l’évolution de l’indice Cotlook A, référence mondiale négociée à New York.
Un signal pour les égreneurs et le tissu industriel
La grille tarifaire engage également les sociétés cotonnières présentes dans le pays, parmi lesquelles Ivoire Coton, la Compagnie ivoirienne pour le développement du textile et plusieurs opérateurs privés qui se partagent les zones d’intervention. Ces entreprises, chargées de l’encadrement des producteurs, de la distribution des intrants et de l’achat du coton graine, doivent bâtir leurs plans de financement de campagne sur la base de ces prix, en intégrant le coût des engrais, des pesticides et du transport depuis le Nord vers les usines d’égrenage.
La valorisation de la fibre, obtenue après égrenage avec un taux moyen proche de 42 %, dépendra ensuite de la tenue des cours internationaux, soumis aux arbitrages des grands acheteurs asiatiques et aux politiques de soutien pratiquées par les États-Unis, la Chine et l’Inde. Or, le marché mondial du coton reste marqué par une volatilité élevée, avec des cours qui ont évolué ces derniers trimestres dans une fourchette d’environ 65 à 85 cents la livre, loin des pics de 2022.
Reste que la mécanique des prix garantis, associée au fonds de soutien de la filière, demeure l’une des particularités du modèle ouest-africain du coton. En arrêtant tôt sa grille, la Côte d’Ivoire envoie un signal de prévisibilité à ses paysans du Nord, à ses égreneurs et à ses partenaires commerciaux, alors que la bataille des volumes régionaux se jouera dès les premiers semis.
Pour aller plus loin
Arachide : Dakar rouvre les exportations, la Sonacos s’inquiète · Caoutchouc ivoirien : 578 FCFA le kilo bord-champ pour novembre 2026 · Cameroun : le patronat alerte sur une économie en panne

Be the first to comment on "Côte d’Ivoire : la grille tarifaire du coton validée pour 2026-2027"