Cameroun : la dette extérieure comprime les marges budgétaires en 2025

A captivating aerial view of the sprawling cityscape of Yaoundé, Cameroon, under a dramatic sky.Photo : K / Pexels

La publication de l’International Debt Report 2026, le 5 novembre, confirme le durcissement de la contrainte extérieure qui pèse sur le Cameroun. Le pays a consacré en 2025 l’équivalent de 1 101 milliards de FCFA, soit 1,896 milliard de dollars, au remboursement de sa dette extérieure, contre 1 023 milliards un an plus tôt. La hausse, de 12,3 % en dollars, est tirée par les amortissements de capital, qui progressent de 19,7 % pour atteindre 1,38 milliard de dollars, pendant que les intérêts refluent légèrement, à 510 millions. L’encours extérieur total, lui, grimpe de 10,5 % pour s’établir à 17,57 milliards de dollars, soit près de 9 812 milliards de FCFA au 31 décembre.

Un pic de remboursements qui absorbe les recettes extérieures

Le ratio clé suivi par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international s’est détérioré nettement : le service de la dette extérieure camerounaise mobilise désormais 22,1 % des recettes tirées des exportations de biens, de services et des revenus primaires, contre 19,1 % en 2024. Ces recettes ont reculé de 2,9 %, à 8,57 milliards de dollars, signe d’une base extérieure qui s’effrite. La production pétrolière camerounaise, en déclin structurel depuis le milieu des années 2010, et un cycle moins favorable sur le cacao et le bois expliquent une partie de cette contraction, dans un pays où les hydrocarbures et l’agro-industrie concentrent encore l’essentiel des devises.

Le pic d’amortissements de 2025 s’explique par la concentration d’échéances sur des engagements souscrits au tournant de la décennie précédente, notamment auprès de créanciers bilatéraux asiatiques mobilisés pour financer le port de Kribi, le barrage de Memve’ele ou les infrastructures routières. Les tirages sur eurobonds émis en 2015 et refinancés en 2021 entrent également dans leurs phases de remboursement les plus lourdes. Côté multilatéral, les rachats auprès du FMI ont atteint 130,4 millions de dollars en 2025, contre 84,3 millions un an plus tôt, conséquence mécanique des facilités obtenues pendant la pandémie.

L’investissement public en première ligne

La pression sur la trésorerie publique arrive à un moment singulier. Les flux nets de nouveaux financements extérieurs ont chuté de 32,8 % en 2025, à 624 millions de dollars, et les transferts nets, calculés après paiement des intérêts, ne représentent plus que 113 millions de dollars, en repli de 71,5 % sur un an. Autrement dit, la dette extérieure cesse progressivement d’être une ressource nette pour le budget camerounais : elle devient un canal de sortie. À titre de comparaison, le Gabon et le Congo-Brazzaville, autres poids lourds de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), traversent une séquence comparable, mais le Cameroun reste le plus exposé en volume absolu.

Cette raréfaction des devises se répercute sur la dépense d’équipement. Les exécutions budgétaires du premier trimestre 2026 publiées par le ministère des Finances indiquent un recul de 27,7 % de l’investissement public par rapport à la même période de 2025. Le phénomène est cohérent avec la logique de consolidation imposée par le programme suivi avec le FMI, et avec le poids croissant du service combiné des dettes intérieure et extérieure, cette dernière estimée à plus de 600 milliards de FCFA de remboursements prévus en 2026 sur le marché régional des titres publics.

Un test budgétaire pour l’après-Biya

L’International Debt Report 2026 confirme la trajectoire posée par l’analyse conjointe de viabilité de la dette FMI-Banque mondiale du 9 mars 2026, puis par le communiqué du Fonds du 1er octobre : Yaoundé demeure classé en risque élevé de surendettement, même si la dette est considérée comme gérable à moyen terme. Avec un stock extérieur équivalent à 30,3 % du revenu national brut mais à 205,1 % des recettes tirées de l’extérieur, la vulnérabilité se loge moins dans le poids global que dans la capacité à générer les devises nécessaires au remboursement.

Pour le gouvernement camerounais, la séquence 2026-2027 s’annonce comme un test décisif. La succession à la tête de l’État, ouverte après quatre décennies de pouvoir, coïncide avec un cycle où chaque franc affecté au remboursement pèse sur les arbitrages sociaux, salariaux et sécuritaires. La capacité à renégocier certains prêts bilatéraux, à relancer l’émission de titres sur le marché régional de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et à élargir l’assiette fiscale non pétrolière déterminera largement la marge de manœuvre du prochain exécutif.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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