RDC : Kinshasa décroche 771 M USD supplémentaires du FMI

Aerial view of city under a bright blue sky with scattered clouds.Photo : Vika Glitter / Pexels

La République démocratique du Congo s’apprête à recevoir une nouvelle tranche de financement du Fonds monétaire international (FMI), pour un montant évoqué de 771 millions de dollars. L’entente de principe, rendue publique début novembre, doit encore être validée par le conseil d’administration de l’institution de Bretton Woods. Elle prolonge le cycle de coopération engagé depuis plusieurs années entre Kinshasa et le FMI autour de la stabilisation macroéconomique, du renforcement des réserves de change et de la discipline budgétaire.

Un financement qui prolonge le réancrage macroéconomique de la RDC

Ce nouvel appui s’inscrit dans la continuité de la facilité élargie de crédit (FEC) conclue en juillet 2021 pour trois ans et d’environ 1,52 milliard de dollars, premier programme pleinement financé entre la RDC et le FMI depuis 2012. L’exécution, jugée globalement satisfaisante par les revues successives, avait permis à Kinshasa de reconstituer un matelas de réserves officielles passé de moins de trois semaines d’importations en 2020 à plus de huit semaines à la sortie du programme. L’enveloppe de 771 millions de dollars viendrait ainsi conforter un acquis fragile, dans un pays où les recettes publiques dépendent à près de 40 % du secteur extractif.

La trajectoire macroéconomique congolaise reste solide en apparence. La croissance tourne autour de 6 % par an depuis 2022, portée par la montée en puissance des exportations de cuivre et de cobalt, et par les investissements chinois et émiratis dans le Haut-Katanga et le Lualaba. Reste que l’inflation à deux chiffres, la pression permanente sur le franc congolais et les besoins de financement des opérations militaires dans l’Est fragilisent cet équilibre. Dans ce contexte, un programme avec le FMI fait office d’ancrage, autant pour les finances publiques que pour la signature du pays sur les marchés.

La sortie de la liste grise du GAFI change la donne financière

L’accord intervient quelques mois après le retrait de la RDC de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), effectif en octobre 2024. Cette décision, prise à Paris lors de la plénière de l’organisme, avait salué les progrès de Kinshasa en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, notamment la montée en puissance de la Cellule nationale des renseignements financiers (CENAREF). Pour les banques correspondantes, c’est un signal précieux : il réduit le coût du de-risking et facilite l’accès des établissements congolais au système financier international.

Couplé à un appui renouvelé du FMI, ce repositionnement crée une fenêtre que Kinshasa cherche à exploiter. Le gouvernement travaille depuis 2023 à une première émission d’eurobonds, dont le calendrier a été repoussé à plusieurs reprises. Un programme FMI actif joue traditionnellement un rôle de filet de sécurité implicite auprès des investisseurs obligataires, à l’image de ce qu’ont expérimenté la Côte d’Ivoire ou le Bénin lors de leurs dernières sorties sur les marchés internationaux.

Un levier stratégique sur le cobalt et le cuivre

La dimension minière est indissociable du dossier. La RDC assure environ 70 % de la production mondiale de cobalt et figure parmi les trois premiers producteurs de cuivre, avec un volume qui a franchi la barre des 2,8 millions de tonnes en 2023 selon les données de la Chambre des mines congolaise. Les revenus tirés de la rente minière, dopés par la demande liée aux batteries de véhicules électriques, constituent à la fois l’atout et la vulnérabilité du cadre budgétaire. Toute correction brutale des cours, comme celle observée sur le cobalt en 2023 et 2024, se traduit immédiatement par une tension sur les recettes.

Les discussions avec le FMI portent donc, au-delà des équilibres de court terme, sur la gouvernance du secteur extractif : transparence des contrats, revue des avenants signés avec les partenaires chinois dans le cadre du programme Sicomines, traitement budgétaire des royalties versées par Gécamines et Tenke Fungurume Mining. L’audit en cours des flux issus de la convention sino-congolaise, estimée à plus de 6,2 milliards de dollars d’investissements cumulés, constitue l’un des points de friction récurrents.

Pour Kinshasa, la combinaison d’un nouvel appui du FMI, d’un statut assaini auprès du GAFI et d’un cycle favorable sur le cuivre offre une marge de manœuvre rare. Elle impose aussi une exigence de résultats, à un moment où les partenaires régionaux, de Luanda à Kigali, observent avec attention la capacité du pouvoir congolais à transformer ses ressources en stabilité durable.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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