Réunies au siège de la Banque africaine de développement (BAD) à Abidjan du 10 au 12 juillet, trois grandes institutions ont plaidé pour une refonte de la doctrine économique du continent. La BAD, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) ont conclu la Conférence économique africaine 2026 (AEC 2026) sur un constat commun : la capacité africaine à absorber les chocs ne suffit plus. Le communiqué final place l’intégration commerciale, la transformation locale des matières premières, l’investissement productif et la qualité des politiques publiques au centre de la riposte du continent face à un ordre mondial fragmenté. Aucun objectif chiffré ni calendrier précis n’y figure toutefois.
Organisée autour du thème « Renforcer l’action géopolitique et la résilience commerciale de l’Afrique dans un monde multipolaire », l’édition 2026 a rassemblé économistes, chercheurs, décideurs publics et bailleurs de fonds. Les échanges ont largement porté sur les effets combinés du durcissement des conditions de financement international, de la reconfiguration des chaînes de valeur et de la multiplication des chocs exogènes qui pèsent sur les budgets africains.
De la résistance aux crises à la puissance productive
Le message des trois institutions marque une inflexion. Pour le PNUD, les tensions géoéconomiques mondiales continueront de tester les administrations africaines, mais la réponse ne peut plus se limiter à la gestion d’urgence. « Les tempêtes économiques mondiales vont continuer à tester les institutions africaines, mais elles ne pourront jamais éroder la richesse fondamentale et la résilience des populations africaines », a résumé Raymond Gilpin, économiste en chef du Bureau régional pour l’Afrique de l’agence onusienne.
Ahunna Eziakonwa, sous-secrétaire générale des Nations unies et directrice du même bureau régional, a prolongé le raisonnement en refusant la logique des alignements. « Dans un monde multipolaire, le principal levier de l’Afrique ne résidera pas dans le choix d’un camp, mais dans le renforcement de sa propre puissance économique », a-t-elle déclaré. Concrètement, l’orientation défendue par la BAD et ses partenaires suppose d’accélérer la levée des barrières au commerce intra-africain, de densifier les chaînes de valeur régionales et de faciliter l’accès des entreprises aux capitaux. Elle implique surtout de transformer localement une part croissante des matières premières, afin de rompre avec le double mouvement d’exportation de produits bruts et d’importation de biens manufacturés qui grève la balance commerciale de nombreux États.
Décloisonner les politiques publiques
Deuxième axe fort de la conférence : la fin des politiques économiques conduites en silos. Le commerce, la dette souveraine, l’investissement, la fiscalité, le climat et le financement du développement forment désormais un système d’engrenages où chaque décision produit des effets sur les autres. « Nos cadres d’analyse doivent maintenant s’adapter à la réalité et à l’incertitude dans laquelle nous vivons. Le commerce, la dette, l’investissement, les politiques budgétaires, le climat et le financement du développement sont de plus en plus interdépendants », a souligné Ida McDonnell, conseillère principale à l’OCDE.
Le risque, à défaut de coordination, est bien identifié. Une stratégie d’industrialisation peut être neutralisée par un coût du financement prohibitif, une infrastructure logistique déficiente ou une fiscalité peu incitative à l’investissement productif. L’OCDE plaide en conséquence pour un recours accru aux données économiques, une meilleure circulation de l’information entre administrations et un renforcement des capacités d’évaluation des politiques publiques.
Un Réseau africain des économistes en chef pour peser
Résultat institutionnel le plus tangible de l’AEC 2026 : le lancement du Réseau africain des économistes en chef, ou ACE Network. La plateforme réunira les responsables de la recherche économique des gouvernements, des institutions régionales et des bailleurs présents sur le continent. Son ambition est double : produire davantage d’analyses africaines fondées sur des données africaines, et coordonner les positions du continent dans les enceintes internationales traitant de la dette, du commerce ou de la gouvernance financière mondiale.
L’AEC 2026 a par ailleurs accueilli la réunion annuelle du Réseau mondial des économistes en chef des institutions de développement, ce qui devrait faciliter l’insertion de l’ACE Network dans les circuits internationaux d’expertise. Sa crédibilité se jouera néanmoins sur la régularité de ses travaux et sur son influence réelle sur les décisions publiques lors des prochaines crises.
Représentant Sidi Ould Tah, président du Groupe de la BAD, la vice-présidente principale Marie-Laure Akin-Olugbade a estimé que les échanges avaient posé « des bases essentielles pour les politiques et les partenariats » à venir. Reste que le communiqué final ne précise ni les engagements financiers, ni les institutions pilotes, ni les échéances. Le succès de l’édition 2026 se mesurera à des indicateurs concrets : progression du commerce intra-africain, montée en puissance des capacités locales de transformation, mobilisation de capitaux pour les entreprises et influence effective du nouveau réseau d’économistes. Selon Investir au Cameroun.
Pour aller plus loin
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