Ali Bongo réactive le PDG et conteste la transition militaire au Gabon

Aerial photograph of Cali, Colombia showcasing urban development and a telecommunications tower.Photo : K / Pexels

Au Gabon, le retour en scène d’Ali Bongo Ondimba change la donne. Dans une adresse aux militants du Parti démocratique gabonais (PDG) prononcée le 20 octobre 2026, l’ancien chef de l’État affirme que son retrait de la vie politique, annoncé en septembre 2024, lui a été extorqué alors qu’il se trouvait privé de liberté. L’intéressé déclare avoir alors été assigné à résidence, son épouse et son fils étant au même moment retenus. Il revendique désormais la pleine conduite d’une réorganisation transitoire du parti, et somme les cadres qui dirigent aujourd’hui la formation de s’expliquer.

Une parole restituée après trois années de silence

Depuis le renversement du 30 août 2023 par le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), Ali Bongo Ondimba n’avait pas pris publiquement position sur le fond. Son allocution rompt ce long effacement et établit une lecture précise des circonstances de septembre 2024. L’ancien président décrit un consentement arraché, destiné à servir de caution au nouveau pouvoir. « Les militaires attendaient de moi des gages pour asseoir leur maintien au pouvoir. Mon retrait de la vie politique devait en être un », déclare-t-il devant les militants.

Cette requalification juridique et politique du retrait de 2024 ouvre une brèche. Elle remet en cause la validité des actes du PDG pris depuis cette date, en particulier les décisions internes de reconfiguration de la direction. L’ancien chef de l’État rappelle à ce titre une réunion tenue le 7 mars 2024 à sa résidence, consacrée précisément à la continuité du parti. Il affirme n’avoir jamais démissionné de ses fonctions partisanes ni validé l’émergence d’une direction parallèle.

La portée de cette prise de parole dépasse le seul cercle militant. En livrant une justification personnelle de sa passivité au moment du coup d’État, Ali Bongo Ondimba cherche à reconstruire une légitimité morale. « Je n’ai pas voulu que le sang des Gabonais coule pour une affaire de pouvoir », soutient-il, assumant un choix qu’une partie de ses partisans lui avait reproché.

Le PDG, pivot d’un rapport de force avec la transition

Le cœur politique de l’adresse réside dans le verrouillage du PDG. L’ancien président a adressé une mise en demeure aux dirigeants actuels de la formation et invité à Paris le cadre Blaise Louembé ainsi que deux autres responsables, invitation restée sans réponse. Il demande désormais aux militants de ne pas valider un congrès qu’il juge irrégulier. La formule est sans ambiguïté : « Nous avons perdu le pouvoir. Notre place est donc logiquement dans l’opposition. »

Cette orientation marque une rupture nette avec la trajectoire récente du parti, soupçonné par ses détracteurs d’avoir cherché un modus vivendi avec les autorités de transition conduites par le général Brice Clotaire Oligui Nguema. Elle écarte toute hypothèse d’alliance, de fusion ou d’absorption, et pose les bases d’une recomposition autonome. Le précédent le plus commenté dans la sous-région reste celui du Mali, où le Rassemblement pour le Mali, parti d’Ibrahim Boubacar Keïta renversé en août 2020, n’a jamais retrouvé son rang après la neutralisation politique de son fondateur. L’ancien président gabonais cherche manifestement à éviter ce scénario.

Une recomposition partisane qui pèse sur le calendrier institutionnel

Le PDG a dominé la vie politique gabonaise sans discontinuer de 1968, année de sa fondation par Omar Bongo Ondimba, à 2023. Sa reconfiguration sous l’influence directe de l’ancien président constitue donc un fait majeur, à l’heure où la transition s’efforce de stabiliser un cadre pluraliste issu du dialogue national d’avril 2024 et de la nouvelle Constitution adoptée par référendum le 16 novembre 2024. La réactivation d’un courant explicitement opposé au pouvoir en place complique l’équation des autorités, qui tablaient sur un affaiblissement durable de l’ex-parti unique.

Ali Bongo Ondimba annonce par ailleurs une adresse à la nation dans les prochains jours. Ce format, réservé habituellement aux chefs d’État en exercice, signale une revendication de stature politique nationale et non seulement partisane. L’ancien président assure vouloir agir dans le respect du cadre légal, « par toutes les voies que la loi et la démocratie nous ouvrent ». Reste à voir comment les autorités de transition recevront cette offensive, qui replace le PDG, et son héritier contesté, au centre du jeu gabonais.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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