Camair-Co creuse une perte de 4,65 milliards FCFA en 2025

South African Airways plane docked at a gate in an airport, captured from an aerial view.Photo : Magda Ehlers / Pexels

Les états financiers 2025 de Camair-Co confirment l’ancrage durable de la compagnie dans le rouge. Le transporteur aérien public du Cameroun affiche une perte nette de 4,65 milliards de FCFA, contre 5,49 milliards l’année précédente. La contraction du déficit, de l’ordre de 15,5 %, ne suffit pas à masquer l’incapacité structurelle de l’entreprise à couvrir ses charges par ses seules recettes commerciales. Yaoundé continue ainsi de porter à bout de bras un pavillon national dont l’équation économique demeure défavorable.

L’activité progresse pourtant. Le chiffre d’affaires atteint 24,47 milliards de FCFA en 2025, contre 22,67 milliards un an plus tôt, soit une croissance de 7,9 %. Les travaux et services vendus, cœur du métier aéronautique, sont passés de 20,67 à 22,20 milliards de FCFA. Les produits accessoires, de leur côté, s’établissent à 2,27 milliards, en légère hausse. Ces indicateurs traduisent une reprise de l’exploitation commerciale, portée par une offre progressivement stabilisée après les turbulences des exercices antérieurs.

Une dépendance aux subventions publiques qui s’accentue

La progression commerciale ne suffit toutefois pas à contenir la dépendance financière de la compagnie envers l’État actionnaire. Les subventions d’exploitation ont atteint 6,85 milliards de FCFA en 2025, contre 4,94 milliards en 2024, soit un bond de près de 39 %. Autrement dit, le soutien public a crû plus vite que le chiffre d’affaires. Sans cette béquille budgétaire, la perte nette de Camair-Co aurait vraisemblablement franchi le seuil des 11 milliards de FCFA. Le modèle actuel confirme donc son incapacité à s’auto-financer, une décennie et demie après le lancement effectif des opérations en 2011.

Cette dépendance intervient dans un environnement régional où plusieurs compagnies publiques d’Afrique centrale et de l’Ouest peinent à équilibrer leurs comptes face à la concurrence des transporteurs marocains, éthiopiens et du Golfe. Pour l’État camerounais, la question du coût d’opportunité de ce soutien récurrent se pose avec une acuité renouvelée, alors que les marges budgétaires se resserrent sous l’effet du service de la dette.

Une exploitation encore déficitaire malgré des soldes en amélioration

Les principaux soldes intermédiaires de gestion progressent, sans franchir le seuil de l’équilibre. La valeur ajoutée demeure négative, à environ 760,9 millions de FCFA, contre un déficit de 1,98 milliard un an plus tôt. L’excédent brut d’exploitation reste également en territoire négatif, à 5,02 milliards de FCFA, après un déficit de 6,03 milliards en 2024. Le résultat d’exploitation, à -2,90 milliards de FCFA contre -4,89 milliards, s’améliore aussi sensiblement, sans redresser la barre.

La structure des coûts pèse lourdement. Les services extérieurs, poste dominant, ont grimpé à 19,79 milliards de FCFA, contre 17,34 milliards en 2024, reflet des dépenses de maintenance, d’assurance et de location d’aéronefs propres au secteur. Les autres achats se maintiennent autour de 11,22 milliards, tandis que les charges de personnel passent de 4,05 à 4,26 milliards de FCFA. Seules les dotations aux amortissements, provisions et dépréciations reculent nettement, de 6,25 à 4,77 milliards, contribuant mécaniquement à alléger la perte finale.

Un endettement social et fiscal qui alourdit le passif

La photographie du bilan révèle par ailleurs un empilement d’arriérés préoccupant. Les dettes fiscales et sociales atteignent près de 19,92 milliards de FCFA fin 2025, contre 15,75 milliards un an plus tôt. Cette progression, supérieure à 26 %, traduit la persistance de tensions de trésorerie et un décalage récurrent entre encaissements et obligations envers l’administration fiscale et les organismes sociaux. Le résultat financier s’est également détérioré, s’établissant à -1,21 milliard de FCFA, contre -175,3 millions en 2024, sous l’effet notamment de frais financiers en hausse.

Concrètement, la compagnie aérienne camerounaise réduit ses pertes mais s’éloigne d’un scénario de retour à l’équilibre à court terme. La conversion de la croissance commerciale en rentabilité opérationnelle passera par une maîtrise des services extérieurs, un désendettement social et une révision du dispositif d’appui public. Faute de quoi les subventions continueront de servir de variable d’ajustement à un déséquilibre structurel. Selon Investir au Cameroun, les comptes 2025 illustrent moins un redressement qu’un allègement conjoncturel des pertes du transporteur national.

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Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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