La sortie de Mary Teuw Niane fait grand bruit au Sénégal. Directeur de cabinet du président Bassirou Diomaye Faye, l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur a estimé qu’une majorité parlementaire, même revendiquée avec vigueur, ne pouvait tenir lieu de norme suprême. Ses propos, tenus dans un contexte de crispation entre l’exécutif et certains cadres de Pastef, ont immédiatement suscité une controverse nourrie au sein de la classe politique dakaroise.
Une mise en garde adressée à la majorité parlementaire
Le message de l’universitaire vise à replacer le curseur institutionnel. Depuis les législatives anticipées de novembre 2024, Pastef dispose d’une majorité confortable à l’Assemblée nationale, ce qui alimente chez certains députés la tentation de faire prévaloir la légitimité du nombre sur la hiérarchie des normes. Mary Teuw Niane rappelle, à rebours de cette lecture, que le texte fondamental prime sur toute arithmétique parlementaire, aussi impressionnante soit-elle.
La formule employée par le directeur de cabinet a valeur d’avertissement. En creux, elle cible les voix qui, au sein du parti au pouvoir, entendent utiliser leur majorité pour imposer une lecture extensive de leurs prérogatives, notamment sur les dossiers sensibles de reddition des comptes, de justice transitionnelle ou de réforme institutionnelle. Le rappel du primat constitutionnel sonne comme un garde-fou adressé aux cadres les plus intransigeants du mouvement fondé par Ousmane Sonko.
Une polémique révélatrice des tensions internes au pouvoir
La déclaration a immédiatement provoqué de vives réactions dans les rangs de Pastef, où certains y ont vu une contestation feutrée de la légitimité du groupe parlementaire. D’autres, à l’inverse, ont salué une clarification bienvenue, à l’heure où le débat sur la séparation des pouvoirs traverse le champ politique sénégalais. Le fait que le rappel émane d’un proche collaborateur du chef de l’État lui confère une portée particulière.
Derrière la controverse pointe une ligne de fracture plus profonde entre deux sensibilités du pouvoir. D’un côté, une aile juridique et technocratique, incarnée par des figures comme Mary Teuw Niane, attachée au respect strict des équilibres institutionnels hérités de la Constitution de 2001, révisée à plusieurs reprises. De l’autre, une aile militante, soucieuse de traduire rapidement en actes la rupture promise durant la campagne, quitte à bousculer certaines procédures.
Ce clivage n’est pas nouveau dans les majorités issues d’une alternance forte. Il rappelle des séquences comparables observées en 2000, après la victoire d’Abdoulaye Wade, ou en 2012, avec l’arrivée de Macky Sall. À chaque fois, la question du périmètre exact du pouvoir législatif face à la Constitution s’est posée avec acuité, révélant les tensions entre légitimité électorale et légalité constitutionnelle.
Un débat qui engage la trajectoire institutionnelle du Sénégal
Pour les observateurs des institutions ouest-africaines, la sortie de Mary Teuw Niane dépasse le cadre d’une simple polémique interne. Elle interroge la capacité du nouveau pouvoir à préserver l’État de droit tout en conduisant les réformes annoncées, qu’il s’agisse de la révision du Code minier, du recalibrage des contrats pétroliers et gaziers ou de la refonte de la gouvernance publique. Chacun de ces chantiers implique un dialogue rigoureux avec le Conseil constitutionnel.
Le Sénégal reste, sur le continent, une référence en matière de stabilité institutionnelle, en dépit des turbulences politiques traversées entre 2021 et 2024. Cette réputation repose largement sur la solidité du bloc de constitutionnalité et sur la retenue historique des majorités successives. Le rappel formulé par le directeur de cabinet du président Faye s’inscrit dans cette continuité, en dépit du malaise qu’il a suscité au sein de sa propre famille politique.
Reste que la portée pratique de ce recadrage dépendra largement de l’attitude adoptée par le président de l’Assemblée et par le bureau du groupe majoritaire dans les prochaines semaines. Les projets de loi organique en préparation, notamment ceux portant sur le fonctionnement des juridictions supérieures, offriront un premier test grandeur nature. Selon PressAfrik, la polémique reste vive à Dakar autour des propos du directeur de cabinet présidentiel.
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