Cameroun : 42,6 milliards FCFA pour l’emploi et l’industrialisation

Happy student in Uganda using sewing machine in class, highlighting education.Photo : illustrate Digital Ug / Pexels

Le lancement technique du PEAC marque une étape attendue pour le Cameroun, dont l’ambition industrielle bute depuis des années sur la pénurie de compétences techniques. Approuvé en juillet 2023 par le conseil d’administration de la Banque africaine de développement (BAD), le prêt de 63,09 millions d’euros, soit près de 41,4 milliards de FCFA, constitue l’ossature financière d’un programme évalué globalement à 42,6 milliards de FCFA. L’État camerounais et ses partenaires complètent l’enveloppe pour couvrir un dispositif appelé à se déployer sur cinq régions et près de deux décennies de retombées.

Un maillage territorial pensé pour l’industrialisation

Le projet cible les régions du Centre, du Littoral, du Sud, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord, soit un arc qui recoupe à la fois les bassins industriels existants et des zones où la formation technique reste embryonnaire. Trois centres de formation aux métiers de pointe doivent sortir de terre à Akonolinga, Kousseri et Kribi, en cohérence avec les pôles logistiques et énergétiques en développement. Un village des métiers est programmé à Soa, en périphérie de la capitale, tandis que Yaoundé accueillera le Centre national de certification et de qualification (CNCQ), pièce maîtresse d’un futur référentiel national des qualifications.

Plusieurs structures de formation publiques et privées bénéficieront par ailleurs de travaux de réhabilitation et d’équipements neufs. Les filières prioritaires retenues – bâtiment et travaux publics, transports, énergie, agro-industrie, métiers verts et technologies de l’information et de la communication – épousent les secteurs identifiés comme moteurs dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30). Le pari est explicite : rapprocher l’offre de formation des chaînes de valeur que le pays cherche à densifier pour réduire sa dépendance aux importations.

Jeunes, femmes et entrepreneuriat au cœur du dispositif

Le volet insertion irrigue l’ensemble du programme. Quelque 1 500 élèves en fin de cycle effectueront une immersion en entreprise, tandis que 500 primo-demandeurs d’emploi seront accompagnés vers un premier poste. Neuf incubateurs prendront en charge 1 225 jeunes porteurs de projets, et environ 1 000 start-up bénéficieront d’un financement direct. Un guichet spécifique, destiné à 500 projets environnementaux portés par des femmes, complète l’architecture et marque l’entrée du Cameroun dans la dynamique des métiers verts soutenus par les bailleurs multilatéraux.

Le ciblage prioritaire des jeunes et des femmes répond à une réalité statistique : ces deux catégories concentrent l’essentiel du sous-emploi camerounais et restent sous-représentées dans les filières techniques. La BAD anticipe la création de 28 000 emplois supplémentaires d’ici 2050, soit une moyenne de 1 120 postes par an entre 2027 et 2050. Une projection prudente, qui suppose que les centres construits trouvent rapidement leur public et que les diplômés sortent avec des compétences reconnues par les employeurs.

Le secteur privé en position d’arbitre

La réussite du PEAC repose en grande partie sur l’implication effective des entreprises. Trois leviers structurent leur participation : la gestion déléguée de certains centres de formation professionnelle, la création d’un Fonds de développement de la formation professionnelle destiné à stimuler l’offre privée, et le financement d’initiatives entrepreneuriales portées par les jeunes. Ce triptyque vise à éviter le travers récurrent des programmes de formation publics, déconnectés des besoins réels des recruteurs.

Reste la question décisive de l’exécution. Les autorités camerounaises devront démontrer leur capacité à transformer une enveloppe de 42,6 milliards de FCFA en résultats mesurables : formations dispensées, taux d’insertion, entreprises créées et pérennes, partenariats industriels effectifs. Le risque est connu, celui d’un projet qui s’arrêterait au stade des inaugurations sans modifier durablement la productivité du travail ni la compétitivité du tissu économique. La gouvernance du programme, le suivi des cohortes formées et la rigueur des indicateurs détermineront la crédibilité du dispositif, dans un pays où l’écart entre diplômes délivrés et emplois pourvus demeure une équation politique sensible.

Selon Investir au Cameroun, le PEAC s’inscrit pleinement dans la SND30, qui place le capital humain au centre de la transformation structurelle visée par Yaoundé.

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Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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