Cameroun : les exportations de bananes de PHP chutent en mai 2026

An aerial view of vibrant green banana bunches stacked together, showcasing tropical abundance.Photo : Sanjay Sharma / Pexels

Les exportations de bananes des Plantations du Haut Penja (PHP) au Cameroun ont reculé à 9 207 tonnes en mai 2026, selon les statistiques diffusées par l’Association bananière du Cameroun (Assobacam). Ce volume constitue le plus faible tonnage mensuel expédié par l’agro-industriel depuis janvier, et confirme une trajectoire baissière entamée au sortir du premier trimestre. Pour un acteur qui structure à lui seul une part déterminante de l’offre nationale, le signal est lourd de conséquences sur les recettes attendues en milieu d’année.

Une décrue continue depuis janvier 2026

Le contraste avec le début d’exercice est net. En janvier 2026, PHP avait expédié 20 037 tonnes vers les marchés internationaux, avant de se stabiliser au-dessus de 17 000 tonnes en février et en mars. Le mois d’avril a marqué un premier décrochage à 11 687 tonnes, suivi en mai d’une nouvelle correction qui ramène les volumes sous la barre symbolique des 10 000 tonnes. En cinq mois, la production exportée du groupe a ainsi été divisée par plus de deux.

Cette glissade épouse le calendrier climatique. La saison sèche, particulièrement marquée cette année dans le bassin du Moungo où se concentrent les plantations, pèse sur les rendements et la calibration des régimes. Les opérateurs de la filière redoutent traditionnellement cette période, durant laquelle l’irrigation devient un poste de coût stratégique et où la qualité commerciale du fruit conditionne directement l’accès aux linéaires européens.

La Compagnie fruitière sous pression au Cameroun

PHP est la filiale historique de la Compagnie fruitière de Marseille au Cameroun. Le groupe français y opère également via la Compagnie des bananes de Mondoni (CDBM), dont les expéditions n’ont atteint que 1 975 tonnes en mai 2025. À elles deux, ces sociétés contrôlent environ 80 % du marché national de la banane, ce qui place le groupe marseillais en position de quasi-monopole sur un segment d’exportation hautement stratégique pour Yaoundé.

Cette concentration confère à la Compagnie fruitière un rôle d’amortisseur, mais aussi de révélateur. Lorsque PHP ralentit, c’est l’ensemble de la performance exportatrice du Cameroun qui en subit le contrecoup, sans qu’aucun acteur alternatif ne dispose des capacités industrielles pour combler le déficit à court terme. Le repli de mai illustre cette dépendance structurelle, dans un secteur où le redémarrage des plantations exige plusieurs mois après un choc climatique.

Une filière clé pour les recettes en devises

La banane figure parmi les premiers pourvoyeurs de devises agricoles du Cameroun. En 2025, les ventes du fruit à l’international ont rapporté 67,7 milliards de FCFA au pays, en progression de 84,7 % sur un an d’après l’Institut national de la statistique (INS). Ce bond avait nourri l’espoir d’une consolidation durable, alors que la filière sortait d’années difficiles marquées par la fermeture d’une plantation majeure dans le Sud-Ouest et par les tensions sécuritaires dans les régions anglophones.

Le repli de mai 2026 rappelle toutefois la fragilité du modèle. Très dépendante d’un duopole privé, exposée à la variabilité climatique et soumise à la concurrence latino-américaine sur le marché européen, la banane camerounaise demeure un actif sensible. Les autorités sectorielles surveilleront de près les volumes de juin et juillet pour mesurer la profondeur du choc et anticiper l’impact sur les rentrées de devises du second semestre.

Au-delà du seul indicateur mensuel, le décrochage de PHP pose la question des investissements à mobiliser pour sécuriser l’irrigation, diversifier la base productive et réduire l’exposition de la filière aux aléas saisonniers. Selon Investir au Cameroun, les données publiées par l’Assobacam confirment l’ampleur du repli observé sur les cinq premiers mois de l’année.

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Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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