L’État camerounais a fixé l’échéance du blocage de quelque 700 000 téléphones mobiles et autres terminaux importés sans déclaration douanière. Cette mesure, longuement préparée par l’Agence de régulation des télécommunications (ART) en concertation avec la Direction générale des douanes, doit frapper les appareils dont les identifiants n’ont pas été régulièrement enregistrés à leur entrée sur le territoire. Concrètement, les terminaux concernés cesseront de se connecter aux réseaux des opérateurs nationaux, les rendant inutilisables pour la voix comme pour les données.
Une riposte technique contre la contrebande de terminaux
Le dispositif s’appuie sur l’identification de chaque appareil par son numéro IMEI, code unique attribué par le constructeur. Les terminaux dont l’IMEI ne figure pas dans la base de référence constituée par l’ART à partir des déclarations douanières seront tout simplement déconnectés des réseaux mobiles camerounais. Cette approche, déjà éprouvée au Kenya, en Égypte ou en Turquie, transforme la régulation technique en outil fiscal redoutable.
Le marché parallèle des téléphones représente depuis plusieurs années un manque à gagner considérable pour les finances publiques. Les terminaux entrent par les frontières terrestres avec le Nigeria, le Tchad ou la République centrafricaine, parfois dissimulés dans des cargaisons mixtes, et alimentent les étals de Douala et Yaoundé à des prix défiant la concurrence des distributeurs agréés. Les acteurs officiels du secteur dénoncent depuis longtemps cette distorsion qui sape leurs marges et décourage l’investissement dans des chaînes d’approvisionnement formalisées.
Souveraineté numérique et recettes fiscales en ligne de mire
Au-delà de la dimension douanière, le projet s’inscrit dans une logique de souveraineté numérique. En reprenant la main sur l’écosystème des terminaux qui circulent sur ses réseaux, Yaoundé entend mieux maîtriser la traçabilité des équipements, lutter contre le vol de téléphones et endiguer la prolifération d’appareils contrefaits dont la qualité radioélectrique perturbe parfois les infrastructures des opérateurs. La mesure pourrait également faciliter, à terme, l’application de politiques sectorielles plus fines, qu’il s’agisse de fiscalité environnementale sur les déchets électroniques ou d’encadrement des importations.
Les recettes attendues sont substantielles. Chaque terminal régularisé génère des droits de douane, de la TVA et divers prélèvements connexes. Sur un parc de 700 000 appareils, la somme cumulée représente plusieurs dizaines de milliards de francs CFA potentiels, dans un contexte où le Trésor camerounais cherche à élargir son assiette fiscale sans alourdir la pression sur les contribuables formels. Cette ressource pourrait contribuer aux objectifs de mobilisation des recettes intérieures inscrits dans les engagements pris avec le Fonds monétaire international.
Un calendrier qui inquiète les consommateurs
La perspective du blocage suscite néanmoins une vive inquiétude chez les détenteurs de bonne foi. Nombre de Camerounais ont acquis leur téléphone auprès de vendeurs informels sans soupçonner l’irrégularité de son parcours douanier. Pour ces utilisateurs, la régularisation a posteriori s’annonce comme la seule porte de sortie. Les autorités devraient préciser les modalités pratiques de ce rattrapage, notamment les guichets dédiés, les pièces exigées et le barème applicable.
Les opérateurs MTN, Orange et Camtel jouent un rôle clé dans la mise en œuvre du dispositif. Ce sont leurs systèmes qui exécuteront, sur instruction du régulateur, la déconnexion effective des appareils non conformes. La coordination entre les trois acteurs et l’ART conditionne la crédibilité de l’opération : un blocage partiel ou contourné par changement de carte SIM ruinerait l’effet dissuasif recherché.
Reste la question de la communication publique. Une campagne d’information large, en français, en anglais et dans les principales langues nationales, paraît indispensable pour éviter un choc social au moment de l’extinction des terminaux concernés. Le précédent kenyan avait montré qu’une pédagogie insuffisante exposait les autorités à un retour de flamme politique. Selon Journal du Cameroun, la date précise du basculement a été arrêtée et sera prochainement officialisée auprès des consommateurs et des distributeurs.
Pour aller plus loin
Cameroun : MTN, Orange et Camtel doivent bloquer 700 000 téléphones · La justice kényane suspend la cession de 15 % de Safaricom · Kenya : Safaricom décroche une licence télécoms de 25 ans

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