Riz de Ndop : 4 milliards FCFA pour moderniser l’UNVDA au Cameroun

Expansive aerial view of cultivated rice fields in Tanzania, showcasing a vast agricultural landscape.Photo : Moses Londo / Pexels

La riziculture camerounaise tient un nouveau symbole. Le 2 juillet 2026, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Gabriel Mbairobe, s’est rendu à Ndop, dans la région du Nord-Ouest, pour inspecter les installations rénovées de l’Upper Noun Valley Development Authority (UNVDA). À ses côtés, le président du Conseil régional, le Pr Fru Angwafo III, a inauguré un dispositif industriel présenté comme un investissement de plus de 4 milliards de FCFA. L’ambition affichée est spectaculaire : quintupler la production annuelle de l’entité publique, en la faisant passer de 21 000 à 100 000 tonnes de riz par an.

Une capacité industrielle rehaussée sur le bassin de Ndop

Les nouveaux équipements installés par l’UNVDA affichent une cadence pouvant atteindre 20 tonnes de paddy transformées par heure. Pour une structure longtemps handicapée par la vétusté de son parc, la rupture est nette. Elle doit permettre de résorber les goulots d’étranglement historiques dans le décorticage, d’améliorer la qualité marchande du riz local et d’absorber des volumes plus importants issus des plaines rizicoles du Nord-Ouest.

Reste que la mécanique industrielle ne saurait à elle seule enclencher un bond de production agricole. Le défi de l’UNVDA demeure d’abord foncier et hydraulique. L’établissement dispose d’un potentiel important dans les plaines de Ndop, mais seule une fraction des terres disponibles est effectivement aménagée pour la culture irriguée. Sans extension des périmètres, sans pistes rurales praticables, sans semences performantes ni engrais accessibles, la nouvelle chaîne de transformation risque de tourner sous son régime nominal.

Ce diagnostic recoupe celui du Minader lui-même. Le ministère identifie de longue date les contraintes structurelles de la filière : pertes post-récolte élevées, sous-capacité des unités de décorticage, stockage obsolète, coût des intrants, déficit de semences à haut rendement, faible mécanisation et insuffisance des surfaces irriguées. L’investissement de Ndop répond donc à un maillon précis d’une équation plus vaste.

Le riz, poste central de la facture d’importation camerounaise

La portée du projet dépasse la seule vallée du Noun. Le Cameroun demeure structurellement importateur de riz, malgré les proclamations récurrentes en faveur de l’import-substitution. Selon les données de l’Institut national de la statistique (INS), les importations de céréales se sont établies à 466,9 milliards de FCFA en 2025, en repli de 14,1 % sur un an, tout en pesant encore 8,9 % des dépenses d’importation du pays.

Le riz reste, dans cet ensemble, le principal poste céréalier. Sa facture est chiffrée par l’INS à 268,7 milliards de FCFA, soit 5,1 % du total importé, en recul de 15,6 % par rapport à 2024. C’est précisément ce poids qui confère au projet de l’UNVDA une dimension macroéconomique. En musclant l’aval industriel, l’État espère faire remonter progressivement l’offre locale, capter davantage de valeur ajoutée dans les bassins de production et détourner une partie de la demande intérieure des origines asiatiques.

Le pari n’est pas gagné. Pour déplacer les habitudes de consommation, le riz de Ndop devra être disponible en volumes réguliers, présenter une qualité constante, offrir un conditionnement moderne et rester compétitif au prix de détail. Autant de conditions rarement toutes réunies simultanément dans les précédents plans rizicoles africains.

Intrants, prix au producteur et sécurité : les variables cachées

Sur le terrain, les producteurs saluent l’arrivée des nouvelles machines. Ils y voient l’espoir d’un débouché plus fluide pour leur paddy et d’une meilleure valorisation de leurs récoltes. Mais plusieurs paramètres conditionnent la réussite du dispositif : niveau du prix d’achat garanti, accès effectif aux semences certifiées et aux engrais, réhabilitation des pistes agricoles, disponibilité de tracteurs et de moissonneuses, et surtout capacité financière de l’UNVDA à absorber les volumes au moment des récoltes.

La variable sécuritaire s’ajoute à cette liste. Le Nord-Ouest est affecté depuis 2017 par la crise anglophone, laquelle continue de peser sur la mobilité des producteurs, la circulation des intrants et l’évacuation du riz vers les marchés urbains. La présence conjointe du ministre et du président du Conseil régional entend précisément arrimer le programme à une dynamique territoriale et institutionnelle. Le signal politique ne remplacera cependant pas la sécurisation opérationnelle de la chaîne de valeur.

L’enveloppe de 4 milliards de FCFA marque un jalon important pour l’UNVDA et confirme la place assignée à Ndop dans la stratégie nationale d’import-substitution. Le saut de 21 000 à 100 000 tonnes reste toutefois à démontrer par des campagnes agricoles concluantes, une meilleure rémunération des producteurs et une compétitivité prix face au riz importé. Selon Investir au Cameroun, cette montée en puissance industrielle devra impérativement s’accompagner d’une hausse tangible de la production agricole pour tenir ses promesses.

Pour aller plus loin

Prometal Gabon lance une usine de fer à béton à 38 milliards · Spiro et Motozone signent pour 1 000 motos électriques au Cameroun · Olam Palm Gabon : 5 000 hectares ravagés par les éléphants à Makouké

Actualité africaine

About the Author

Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

Be the first to comment on "Riz de Ndop : 4 milliards FCFA pour moderniser l’UNVDA au Cameroun"

Laisser un commentaire