Congo : Sassou-Nguesso annonce la suppression des visas africains en 2027

Explore the dynamic skyline of Dar es Salaam, Tanzania in this aerial cityscape view.Photo : Alex Levis / Pexels

Le Congo-Brazzaville franchit un pas symbolique fort en matière de libre circulation continentale. À l’occasion de la Journée de l’Afrique célébrée le 25 mai, le président Denis Sassou-Nguesso a annoncé la suppression pure et simple des visas d’entrée sur le territoire congolais pour tous les ressortissants africains, à compter du 1er janvier 2027. La décision, dévoilée depuis Brazzaville, place le Congo parmi le cercle restreint des États africains ayant choisi d’ouvrir leurs frontières sans condition de réciprocité à leurs voisins du continent.

Un alignement assumé sur l’agenda panafricain

L’annonce résonne directement avec les ambitions portées par l’Union africaine (UA) à travers son protocole sur la libre circulation des personnes, adopté en 2018 à Kigali mais ratifié par seulement quatre États à ce jour. En s’engageant unilatéralement, Brazzaville cherche manifestement à donner corps à un texte resté largement théorique. Le geste s’inscrit également dans la dynamique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), entrée en vigueur en 2021, dont l’efficacité dépend largement de la mobilité des opérateurs économiques et des compétences.

Le calendrier retenu, fixé à un peu plus de dix-huit mois, laisse aux administrations congolaises le temps d’adapter leurs procédures aux frontières terrestres, aériennes et fluviales. Reste que la mise en œuvre opérationnelle constitue traditionnellement le talon d’Achille de ce type d’engagement présidentiel. Les services de la Direction générale de la surveillance du territoire et la police de l’air et des frontières devront recalibrer leurs dispositifs, notamment à l’aéroport international Maya-Maya de Brazzaville et à Pointe-Noire.

Un cercle restreint d’États pionniers

En rejoignant cette démarche, le Congo emboîte le pas à des pays comme le Bénin, la Gambie, les Seychelles ou encore le Rwanda, qui ont déjà ouvert leurs portes aux passeports africains sans formalité préalable de visa. Le Kenya a annoncé une mesure comparable fin 2023, suivi peu après par le Ghana. Selon les indices de mobilité publiés par la Banque africaine de développement, moins d’un quart des pays africains accordent aujourd’hui une entrée sans visa à l’ensemble des ressortissants du continent.

Pour Brazzaville, la mesure porte une charge diplomatique évidente. Denis Sassou-Nguesso, doyen des chefs d’État en exercice de la sous-région et figure historique de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), entend repositionner son pays comme moteur de l’intégration régionale. L’Afrique centrale demeure, selon les classements continentaux, la zone la moins intégrée du continent en matière de mobilité humaine, loin derrière l’Afrique de l’Ouest et son espace CEDEAO de libre circulation.

Enjeux économiques et sécuritaires à arbitrer

Sur le plan économique, la suppression du visa devrait soutenir les flux touristiques, les missions d’affaires et les échanges intra-africains, particulièrement dans le corridor reliant Brazzaville à Kinshasa, l’une des frontières urbaines les plus actives du continent. Les opérateurs hôteliers, les compagnies aériennes africaines comme Ethiopian Airlines, RwandAir ou ASKY, ainsi que les acteurs logistiques figurent parmi les bénéficiaires potentiels les plus immédiats. La mesure pourrait également faciliter le déploiement des investisseurs panafricains dans les secteurs des télécommunications, de la banque et des hydrocarbures, piliers traditionnels de l’économie congolaise.

Le pari comporte néanmoins une dimension sécuritaire que les autorités congolaises devront traiter avec rigueur. La porosité de certaines frontières terrestres, notamment avec la République démocratique du Congo et la République centrafricaine, exige une modernisation parallèle des dispositifs de contrôle biométrique. Plusieurs États ayant ouvert leurs frontières ont, dans le même temps, renforcé leurs systèmes d’enregistrement des voyageurs à l’arrivée afin de concilier ouverture et traçabilité.

La concrétisation de l’annonce présidentielle dépendra des textes réglementaires qui devront être publiés d’ici à la fin de l’année 2026, ainsi que de la coordination avec les partenaires de la CEEAC. Reste à savoir si le geste congolais entraînera un effet d’émulation chez ses voisins, ou s’il demeurera un acte isolé dans un espace régional encore marqué par la méfiance migratoire. Selon Financial Afrik, l’annonce a été faite à l’occasion des cérémonies officielles marquant la Journée de l’Afrique.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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