La CEMAC mise sur les corridors intégrateurs pour stimuler son commerce

A busy industrial port with large cargo cranes lining the waterway. Vibrant water plants float by.Photo : HONG SON / Pexels

La Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) place désormais les corridors intégrateurs au cœur de sa stratégie de relance. Réunis à Yaoundé, les responsables camerounais et leurs partenaires sous-régionaux ont rappelé l’urgence de matérialiser ces axes de transport et de commerce qui doivent relier les pôles économiques du Cameroun, du Gabon, du Congo, du Tchad, de la République centrafricaine et de la Guinée équatoriale. Le constat est sans appel : la zone affiche l’un des taux d’échanges intracommunautaires les plus faibles du continent, en deçà de 5 % selon les estimations couramment admises.

Un déficit d’intégration qui pèse sur les économies de la CEMAC

Le sous-développement des infrastructures routières, ferroviaires et portuaires explique largement cette atonie commerciale. Les opérateurs économiques de la CEMAC continuent de payer le prix fort d’un enclavement persistant, qui renchérit les coûts logistiques et décourage les chaînes de valeur régionales. Concrètement, acheminer une marchandise entre Douala et N’Djamena demeure plus onéreux et plus long que d’effectuer la même opération depuis un port asiatique vers l’Europe. Cette anomalie structurelle, dénoncée de longue date par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC), freine l’émergence d’un véritable marché commun.

Le port autonome de Douala, principal débouché maritime de la sous-région, reste le poumon logistique d’un hinterland qui englobe le Tchad et la Centrafrique. Pourtant, les ruptures de charge, la vétusté de certains tronçons et la multiplicité des barrages routiers continuent d’éroder la compétitivité des corridors existants. La récente cérémonie d’ouverture du Programme des marchés et de la logistique (PML), tenue à Yaoundé en présence de membres du gouvernement camerounais, illustre la volonté politique d’inverser cette tendance.

Les corridors intégrateurs, levier de souveraineté économique

Au-delà des routes et des ponts, l’enjeu touche à la souveraineté économique d’une sous-région encore dépendante des importations extracontinentales. Les corridors intégrateurs doivent permettre l’éclosion de chaînes de valeur régionales dans l’agroalimentaire, l’industrie légère et la transformation des ressources minières. Le bois gabonais, le coton tchadien, le café centrafricain et les produits pétroliers congolais gagneraient à circuler plus librement à l’intérieur d’un espace économique de plus de 55 millions de consommateurs.

La mise en service progressive de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ajoute une pression supplémentaire. Sans corridors performants, la CEMAC risque de subir la concurrence des biens produits ailleurs sur le continent plutôt que d’en tirer parti. Les autorités camerounaises ont insisté sur ce point : il s’agit moins de construire des kilomètres d’asphalte que d’organiser un écosystème commercial cohérent, intégrant douanes, normes sanitaires et systèmes de paiement.

Financement et gouvernance, les deux verrous à lever

Reste la question des moyens. Les projets d’infrastructure portés par la CEMAC se heurtent traditionnellement à un double obstacle : la mobilisation des financements et la coordination politique entre États membres. Le Programme économique régional (PER), lancé pour structurer l’effort d’investissement, peine encore à délivrer ses promesses faute d’engagements souverains tenus dans les délais. Les partenaires multilatéraux, au premier rang desquels la Banque africaine de développement (BAD) et la Banque mondiale, conditionnent désormais leur soutien à des réformes de gouvernance plus exigeantes.

Le secteur privé sous-régional, longtemps cantonné à un rôle de spectateur, est appelé à prendre une place plus active à travers les partenariats public-privé. Plusieurs concessions portuaires et autoroutières sont à l’étude, notamment sur l’axe Douala-Bangui et le corridor Pointe-Noire-Brazzaville-Bangui-N’Djamena. Pour les investisseurs, le signal politique envoyé depuis Yaoundé devra être suivi d’engagements budgétaires concrets dans les lois de finances 2026 et 2027.

La crédibilité du projet d’intégration régionale se jouera dans les prochains mois, à mesure que les chantiers prioritaires entreront en phase opérationnelle. Pour la CEMAC, l’enjeu dépasse la simple amélioration des infrastructures : il s’agit de prouver que l’intégration économique de l’Afrique centrale n’est plus un slogan, mais une trajectoire mesurable. Selon Financial Afrik, l’heure des corridors intégrateurs a effectivement sonné dans la sous-région.

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About the Author

Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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