Guinée équatoriale : la facture de Sogea-Satom ramenée à 19 milliards

A construction worker in a safety vest stands on a rural road in Lafia, Nigeria, holding a helmet.Photo : Audu Samson / Pexels

La Guinée équatoriale a tranché. Au terme d’un audit financier portant sur les prestations réalisées par Sogea-Satom, filiale africaine de Vinci Construction, le montant initialement réclamé par l’entreprise française a été ramené de 35 à 19 milliards de FCFA. La décision, rendue publique à Malabo, acte une décote de l’ordre de 46 % sur les sommes que le BTPiste exigeait des finances publiques équato-guinéennes au titre de travaux d’infrastructures.

Le différend portait sur l’exécution et la facturation de chantiers routiers et d’aménagement confiés au groupe au cours des dernières années. Les autorités ont mandaté des cabinets indépendants pour passer au crible les décomptes, les avenants et les surcoûts revendiqués par le constructeur. L’écart, considérable, suggère que d’importants postes de dépense n’ont pas résisté à l’examen contradictoire mené par les services de l’État.

Un audit qui interroge la gouvernance des marchés publics

La procédure illustre le tournant entrepris par Malabo en matière de contrôle de la commande publique. Longtemps réputée discrète sur la gestion de ses contrats d’infrastructures, la Guinée équatoriale multiplie depuis plusieurs mois les vérifications portant sur des engagements anciens, dans un contexte de tension budgétaire liée au recul tendanciel des recettes pétrolières. Le pays, premier producteur d’hydrocarbures de la CEMAC dans les années 2010, doit composer avec un déclin de sa production et cherche à préserver ses marges de manœuvre financières.

La révision de la créance de Sogea-Satom s’inscrit dans cette dynamique. Pour l’exécutif équato-guinéen, il s’agit de rappeler que les paiements adossés aux marchés publics doivent reposer sur des prestations effectivement livrées et documentées, à l’euro et au franc CFA près. Le message adressé aux partenaires étrangers est sans ambiguïté : les contrats hérités d’une période de forte aisance budgétaire ne seront plus honorés sans réexamen.

Sogea-Satom, acteur historique des chantiers africains

Implantée en Afrique depuis plus d’un siècle, Sogea-Satom figure parmi les bras armés du groupe Vinci sur le continent. Routes, ponts, ouvrages hydrauliques, aménagements urbains : la filiale française intervient dans une vingtaine de pays, de Dakar à Maputo. Son portefeuille équato-guinéen avait accompagné le vaste programme d’investissements publics lancé par Malabo au cours des deux dernières décennies, période durant laquelle plusieurs milliards de dollars ont été injectés dans les infrastructures.

La décote actée par l’audit pourrait peser sur les comptes de la filiale, qui devra arbitrer entre acceptation du nouveau montant et contestation juridique. Une procédure arbitrale internationale n’est pas exclue, à l’image de différends comparables ayant opposé des majors du BTP à des États africains. Reste que la posture défensive est rarement payante lorsqu’un audit national met en avant des justificatifs lacunaires.

Un signal envoyé à l’ensemble des partenaires étrangers

Au-delà du cas Sogea-Satom, la séquence en cours adresse un avertissement à l’ensemble des entreprises étrangères engagées en Guinée équatoriale. Constructeurs chinois, turcs, libanais et européens devront s’attendre à voir leurs factures davantage scrutées. La pratique des avenants à répétition, longtemps tolérée dans la sous-région, semble désormais hors de portée à Malabo.

Pour les bailleurs multilatéraux et les agences de notation, ce type d’opération de transparence joue dans les deux sens. Il rassure sur la volonté de discipline budgétaire affichée par les autorités, tout en soulevant la question de la sécurité juridique des contrats antérieurs. Les investisseurs étrangers évalueront avec attention les suites données au dossier, notamment la capacité des deux parties à clore le différend par la voie négociée.

Concrètement, la facture révisée de 19 milliards de FCFA, soit environ 29 millions d’euros, devra être inscrite dans les prochaines lois de finances équato-guinéennes pour être apurée. Le calendrier de règlement n’a pas été communiqué. Selon Financial Afrik, l’audit aurait également mis en lumière des incohérences dans plusieurs lignes de facturation présentées par le constructeur français.

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Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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