Le ministère camerounais des Finances (Minfi) a sommé les deux principaux opérateurs mobiles du pays, MTN Cameroon et Orange Cameroun, de couper l’accès au réseau pour les terminaux importés sans paiement des droits de douane. La mesure, qui vise à endiguer un manque à gagner fiscal estimé à plusieurs dizaines de milliards de francs CFA chaque année, marque un tournant dans la stratégie de Yaoundé pour reprendre la main sur les flux d’appareils électroniques entrants.
Une offensive fiscale contre la fraude douanière sur les terminaux
L’instruction émane directement du ministre des Finances, qui entend activer un mécanisme déjà éprouvé ailleurs sur le continent. Concrètement, les opérateurs mobiles devront identifier, via le numéro IMEI (International Mobile Equipment Identity), les téléphones qui n’auraient pas été régulièrement dédouanés à leur entrée sur le territoire camerounais. Une fois repérés, ces terminaux seront déconnectés des réseaux GSM, privant leurs détenteurs d’appels, de SMS et de connexion internet mobile.
La logique du dispositif repose sur un constat ancien. Une part significative des smartphones en circulation au Cameroun échappe aux circuits formels d’importation, transitant par des filières grises depuis Dubaï, la Chine ou les pays frontaliers. Cette zone d’ombre prive l’État de droits de douane et de TVA, alors même que le marché camerounais de la téléphonie compte plus de vingt millions d’abonnés mobiles actifs.
MTN et Orange en première ligne d’exécution
Le choix de s’appuyer sur les opérateurs n’est pas anodin. MTN Cameroon, filiale du groupe sud-africain MTN, et Orange Cameroun, branche locale du français Orange, dominent à eux deux la quasi-totalité du marché de la téléphonie mobile dans le pays. Ils disposent des infrastructures techniques nécessaires pour identifier chaque terminal connecté à leurs antennes et appliquer un blocage ciblé. Cette responsabilité opérationnelle les place toutefois dans une position délicate vis-à-vis de leurs propres clients, dont une fraction non négligeable utilise des appareils acquis hors des canaux officiels.
Les deux groupes télécoms devront articuler leur action avec celle de l’administration douanière et de l’Agence de régulation des télécommunications (ART). L’enjeu technique consiste à constituer une base de données fiable des IMEI régulièrement déclarés, puis à la croiser en temps réel avec les terminaux actifs sur le réseau. Tout faux positif aurait un coût commercial immédiat pour les opérateurs, qui risqueraient de voir certains abonnés migrer ou contester la décision.
Un modèle inspiré du Kenya et de l’Égypte
Le Cameroun n’innove pas en la matière. Le Kenya, dès 2012, avait mené une opération de désactivation massive des téléphones de contrefaçon avec le concours de Safaricom. L’Égypte a, plus récemment, instauré un registre national des IMEI couplé à un paiement obligatoire de droits pour les terminaux importés par les voyageurs. Au Nigeria, des dispositifs comparables ont été annoncés, sans toujours aboutir à une application stricte. Pour Yaoundé, la réussite dépendra de la capacité à conjuguer fermeté administrative et acceptabilité sociale.
Sur le plan macroéconomique, la mesure s’inscrit dans la quête de nouvelles recettes fiscales internes, à l’heure où le pays négocie avec ses partenaires multilatéraux le maintien d’une trajectoire budgétaire soutenable. Le secteur des télécommunications, déjà mis à contribution par diverses taxes spécifiques, devient un levier privilégié pour récupérer une assiette qui échappait jusqu’ici au fisc.
Reste la question de la protection du consommateur. De nombreux Camerounais ont acheté des terminaux d’occasion ou importés sans avoir conscience de leur statut douanier. Une période transitoire et un mécanisme de régularisation à froid, contre paiement d’une redevance forfaitaire, sont généralement préconisés par les régulateurs ayant déployé ce type de dispositif. À défaut, le risque politique d’un mécontentement diffus pourrait peser sur la mise en œuvre.
Pour les opérateurs, l’équation est aussi commerciale. Bloquer un parc de téléphones, même limité, revient à amputer mécaniquement une partie du chiffre d’affaires lié à la voix et aux données mobiles. La marge de manœuvre se situera dans la pédagogie déployée et dans la mise en place de partenariats avec les distributeurs agréés. Selon Journalducameroun.com, l’instruction du Minfi est désormais formellement notifiée aux deux opérateurs.
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