La France plaide pour le retour de l’Afrique du Sud au G20

Scenic aerial view of Johannesburg cityscape showcasing urban architecture in warm evening light.Photo : Joshua Bull / Pexels
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La France a publiquement réaffirmé son soutien au retour de l’Afrique du Sud dans les réunions du G20, alors que l’administration de Donald Trump a choisi d’exclure Pretoria des travaux préparatoires du forum placé cette année sous présidence américaine. En déplacement à Johannesburg, l’ambassadeur de France David Martinon a profité d’un point de presse pour marquer l’écart entre la position de Paris et celle de Washington, dans un contexte de tensions diplomatiques persistantes entre l’administration Trump et le gouvernement de Cyril Ramaphosa.

Cette prise de parole intervient alors que plusieurs sessions du G20 se sont déjà tenues sans représentants sud-africains. L’absence de Pretoria, pourtant membre historique du format depuis sa création en 1999, rompt avec la pratique établie d’un club dont la vocation est précisément d’agréger les voix des économies émergentes aux côtés des puissances occidentales. La décision américaine, qualifiée d’arbitraire par la partie française, prive de facto le continent africain de son seul siège permanent au sein de l’enceinte.

Paris prend ses distances avec la ligne américaine

En choisissant Johannesburg comme tribune, la diplomatie française envoie un signal double. Il s’adresse d’abord aux autorités sud-africaines, qui viennent de céder la présidence tournante du G20 aux États-Unis après l’avoir exercée en 2025. Il vise également les autres partenaires du forum, invités à mesurer l’isolement de la position américaine sur ce dossier. David Martinon a insisté sur l’attachement de la France au principe d’universalité des discussions multilatérales, une formule qui tranche avec l’approche transactionnelle privilégiée par la Maison-Blanche depuis le retour de Donald Trump.

Le contentieux entre Washington et Pretoria s’est nourri de plusieurs dossiers accumulés ces derniers mois. La plainte sud-africaine déposée devant la Cour internationale de justice contre Israël, la politique de réforme agraire portée par le Congrès national africain et les relations soutenues entretenues par Pretoria avec les BRICS figurent parmi les griefs régulièrement invoqués dans l’entourage du président américain. Reste que l’exclusion d’un État membre d’un format intergouvernemental par le seul pays hôte constitue un précédent qui inquiète au-delà du cas sud-africain.

Un enjeu de représentativité pour le continent africain

L’Afrique du Sud demeure la principale économie industrialisée du continent et la porte d’entrée historique des débats africains au sein des grandes enceintes économiques. Son éviction intervient paradoxalement un an après l’admission de l’Union africaine comme membre de plein droit du G20, actée en 2023 sous présidence indienne. Le retrait de Pretoria, conjugué à la jeune intégration de l’UA, rebat les cartes de la représentation africaine dans un forum qui traite aussi bien de régulation financière que de dette souveraine, de transition énergétique ou d’architecture commerciale.

Pour Paris, la défense du siège sud-africain s’inscrit dans une stratégie plus large de préservation du multilatéralisme, mise à mal par les inflexions américaines sur le climat, l’Organisation mondiale du commerce et le financement des agences onusiennes. La France, seule puissance européenne à disposer d’une présence diplomatique, militaire et économique dense sur l’ensemble du continent africain, entend capitaliser sur cette divergence pour consolider ses relations avec Pretoria, malgré les réserves occasionnelles exprimées par la diplomatie sud-africaine sur les dossiers sahéliens.

Vers un sommet de Miami sous tension

Le sommet des chefs d’État et de gouvernement prévu à Miami en fin d’année cristallise désormais les attentes. L’hypothèse d’une tenue du G20 sans participation sud-africaine ouvrirait une crise de légitimité sans précédent pour le format, déjà fragilisé par les rivalités sino-américaines et les positions hétérogènes sur la guerre en Ukraine. Plusieurs chancelleries européennes, selon des sources diplomatiques, plaident en coulisses pour une médiation permettant la réintégration de Pretoria avant l’échéance.

L’initiative française pourrait en outre trouver des relais auprès du Brésil, de l’Inde et de l’Indonésie, trois pays émergents particulièrement attachés à la solidarité Sud-Sud au sein du G20. La séquence ouverte par David Martinon à Johannesburg pourrait ainsi préfigurer une discrète coalition destinée à peser sur la présidence américaine dans les prochains mois. Selon RFI Afrique.

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