Le site de Makouké d’Olam Palm Gabon, implanté dans la province du Moyen-Ogooué, traverse une crise opérationnelle d’ampleur inédite. Les dégâts causés par les pachydermes y atteindraient 5 000 hectares de palmeraies, soit une part majeure de la superficie utile exploitée par la filiale du groupe singapourien. La répétition des incursions, conjuguée à la chute des rendements, alimente désormais le scénario d’une fermeture partielle ou totale du site, dans un pays où le secteur du palmier à huile représente l’un des piliers de la diversification agricole post-pétrole.
Makouké, vitrine industrielle devenue zone de conflit homme-faune
Inauguré dans le cadre du partenariat noué entre Olam International et l’État gabonais via la coentreprise Olam Palm Gabon, le site de Makouké était présenté comme un maillon stratégique de la filière huile de palme nationale. Sa localisation, en lisière de massifs forestiers densément peuplés d’éléphants de forêt (Loxodonta cyclotis), espèce classée en danger critique d’extinction par l’UICN, l’expose toutefois à une pression faunique permanente. Les jeunes palmiers, riches en sucres et en eau, constituent une cible privilégiée pour ces animaux dont les couloirs de déplacement traversent désormais les périmètres plantés.
Selon les éléments rapportés, la destruction de 5 000 hectares correspond à des années d’investissement compromises. Chaque palmier détruit représente non seulement une perte de production immédiate, mais aussi un manque à gagner sur plusieurs décennies, la rotation d’une palmeraie industrielle s’étalant généralement sur vingt-cinq ans. La direction de l’entreprise aurait, en conséquence, amorcé une réduction sensible de ses activités locales, soulignant la difficulté à rentabiliser un site soumis à une telle érosion physique.
Un dilemme économique pour Olam et pour l’État gabonais
L’éventuelle fermeture de Makouké poserait une équation sociale délicate. Le site emploie une main-d’œuvre locale qualifiée, dont la dépendance économique à l’unité agro-industrielle est élevée dans une région où les alternatives demeurent limitées. À cela s’ajoute l’effet d’entraînement sur les sous-traitants, transporteurs et commerces de proximité gravitant autour des plantations. Une décision de retrait enverrait par ailleurs un signal négatif aux investisseurs étrangers attentifs à la solidité du contrat liant Olam à Libreville.
Sur le plan stratégique, l’État gabonais, actionnaire de la coentreprise, se trouve face à un arbitrage complexe. La filière huile de palme participe à la stratégie de souveraineté alimentaire et de substitution aux importations. Toute contraction de la production aurait des répercussions sur la balance commerciale agricole et sur les objectifs de transformation locale affichés par les autorités de transition. Reste que la protection de l’éléphant de forêt, espèce emblématique dont le Gabon abrite près de 95 000 individus selon les estimations de l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN), constitue un autre engagement diplomatique fort du pays.
Cohabitation faune-agro-industrie : un modèle à reconstruire
Le cas de Makouké illustre une tension structurelle qui dépasse le seul périmètre d’Olam. Dans plusieurs zones agricoles gabonaises, les incursions d’éléphants se multiplient depuis une décennie, sous l’effet de la fragmentation des habitats et de la pression sur les ressources forestières. Les dispositifs de clôtures électriques, de fossés et de surveillance communautaire mis en place jusqu’ici montrent leurs limites face à des troupeaux mobiles et nombreux. Les pertes affectent aussi bien les petits exploitants que les industriels, créant un consensus rare entre acteurs ruraux et investisseurs sur la nécessité d’une réponse publique plus robuste.
Pour Olam Palm Gabon, dont le portefeuille comprend également les sites d’Awala et de Mouila, l’enjeu consiste à préserver la viabilité économique globale du dispositif tout en assumant ses engagements de durabilité, label RSPO compris. La perspective d’une réorientation des investissements vers des zones moins exposées, ou d’une renégociation des conditions d’exploitation avec l’État, n’est pas exclue. Concrètement, la décision finale sur le sort de Makouké conditionnera la trajectoire de l’ensemble de la filière huile de palme gabonaise dans les prochaines années.
Selon Gabon Review, l’inquiétude monte localement quant aux conséquences économiques et sociales d’un éventuel désengagement de l’opérateur agro-industriel.
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