La question du chômage au Gabon revient au premier plan du débat public. Avec un taux officiel de 17,4 % et près de 120 000 diplômés laissés en marge du marché du travail, le pays peine à traduire en politique publique cohérente les promesses formulées lors des Assises nationales sur l’emploi tenues il y a un an. La période de transition, censée ouvrir la voie à une refonte des leviers économiques, n’a pour l’heure pas produit les arbitrages attendus par les acteurs économiques et la jeunesse gabonaise.
Un paradoxe gabonais qui interroge la gouvernance du marché du travail
Le contraste est frappant. D’un côté, une cohorte massive de jeunes diplômés sans débouché professionnel. De l’autre, quelque 4 000 permis de travail accordés à des ressortissants étrangers, principalement dans les secteurs extractifs, le BTP et les services techniques. Cette équation alimente un sentiment d’injustice et nourrit le débat sur la préférence nationale, la qualité de la formation initiale et l’adéquation entre les filières universitaires et les besoins réels du tissu productif.
Les Assises nationales sur l’emploi avaient pourtant dressé un diagnostic relativement consensuel. Inadéquation formation-emploi, faiblesse de l’orientation professionnelle, lourdeur des procédures de création d’entreprise, accès limité au financement pour les très petites unités et étroitesse d’un marché intérieur dominé par la rente pétrolière : la liste des freins est connue. Reste que le passage du diagnostic à l’action concrète demeure le maillon faible de l’action publique gabonaise.
Diversification économique et capital humain, les deux chantiers prioritaires
Pour les analystes du marché du travail, sortir de l’ornière suppose un changement d’échelle. La diversification de l’économie gabonaise, longtemps évoquée sans réelle mise en œuvre, conditionne la création nette d’emplois qualifiés. L’agro-industrie, la transformation locale du bois, du manganèse et bientôt des terres rares, ainsi que l’économie numérique constituent des gisements potentiels, à condition que les incitations fiscales et le climat des affaires soient sécurisés dans la durée.
Le second chantier concerne le capital humain. Le décalage entre les profils formés par l’université gabonaise et les compétences réclamées par les entreprises minières, pétrolières ou de services pénalise lourdement les jeunes diplômés. La montée en puissance d’une formation professionnelle pilotée par les branches, sur le modèle de ce qui se pratique au Maroc ou en Côte d’Ivoire, est régulièrement avancée. Elle suppose un partenariat structuré entre l’État, le patronat et les opérateurs internationaux présents sur le territoire.
Permis de travail, commande publique et entrepreneuriat : trois leviers à activer
La régulation des permis de travail accordés aux étrangers représente un levier immédiat. Sans verser dans un protectionnisme contre-productif, plusieurs voix appellent à un audit rigoureux des dossiers délivrés, à une mise en cohérence avec les besoins effectifs des entreprises et à une clause de transfert de compétences vers les nationaux dans les contrats stratégiques. La commande publique constitue un second outil : flécher une part des marchés vers les PME locales et conditionner certains contrats à des objectifs d’embauche de diplômés gabonais peut générer rapidement des emplois.
Le troisième levier renvoie à l’entrepreneuriat. L’accès au crédit reste l’angle mort de l’écosystème, malgré l’existence de structures comme la Caisse de dépôts et consignations du Gabon. Sans dispositif de garantie publique élargi, sans capital-risque structuré et sans accompagnement de proximité, les très petites entreprises gabonaises ne franchiront pas le seuil critique permettant de créer des emplois salariés. La digitalisation des démarches administratives, encore balbutiante, conditionne également la formalisation d’un secteur informel qui occupe une part significative de la population active.
À court terme, l’enjeu pour les autorités de la transition consiste à transformer la matière première produite par les Assises en plan d’action chiffré, doté d’indicateurs de suivi et d’un calendrier opposable. La pression sociale, portée par une jeunesse urbaine connectée et exigeante, ne laissera guère de répit aux décideurs. Selon Gabon Review, le pays reste pour l’heure englué dans le diagnostic, sans politique structurée ni mesures opérationnelles déployées.
Pour aller plus loin
Le Cameroun lance Export Readiness pour viser le marché américain · Cameroun : 1 900 milliards de FCFA agréés depuis 2014 par l’API · Centres d’appels au Maroc : 40 000 emplois menacés par une loi française

Be the first to comment on "Chômage au Gabon : Libreville cherche une réponse structurée"