Le président syrien Ahmad al-Charaa a publiquement appelé son homologue américain Donald Trump à lever les sanctions encore en vigueur contre Damas, jugeant ces mesures incompatibles avec la relance économique et la stabilisation politique du pays. La sortie, relayée par la presse libanaise, intervient alors que la nouvelle administration syrienne cherche à consolider sa légitimité internationale et à attirer les capitaux nécessaires à la reconstruction d’un territoire dévasté par plus d’une décennie de guerre.
Damas plaide pour un dégel économique complet
Selon les déclarations attribuées au chef de l’État syrien, le maintien d’un dispositif coercitif partiel prive l’économie nationale des leviers indispensables à sa réanimation. Les autorités de transition affirment que les allègements consentis ces derniers mois par Washington, notamment via des licences générales du Trésor américain, demeurent insuffisants pour rouvrir véritablement le pays aux flux bancaires et aux investissements directs étrangers. Damas insiste sur la nécessité d’un geste politique clair, lisible par les opérateurs internationaux encore réticents à s’engager sur un terrain perçu comme juridiquement risqué.
Le message adressé à la Maison-Blanche s’inscrit dans une séquence diplomatique inédite. Depuis la chute du régime de Bachar al-Assad fin 2024, les nouvelles autorités cherchent à transformer la reconnaissance politique progressive obtenue auprès de plusieurs capitales occidentales et arabes en bénéfices économiques tangibles. La levée partielle de certaines mesures, décidée par l’administration Trump au printemps dernier, a constitué un premier signal. Reste que le Caesar Act, adopté en 2019, continue de peser comme une épée de Damoclès sur toute transaction d’envergure impliquant le secteur public syrien.
Un régime de sanctions à géométrie variable
Le dispositif américain combine plusieurs strates : sanctions sectorielles, listes de personnes désignées par l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), restrictions liées à la lutte contre le financement du terrorisme. Cette architecture, bâtie au fil des années de conflit, n’a pas été démantelée par les exemptions humanitaires successives. Concrètement, les banques correspondantes internationales appliquent toujours un principe de précaution maximale, refusant d’exécuter des opérations même autorisées en théorie. Ce phénomène d’over-compliance étouffe les transferts de la diaspora et bloque les lignes de crédit commerciales.
Pour le pouvoir en place à Damas, la question dépasse la seule technique financière. Elle conditionne la capacité du gouvernement à rétablir un minimum de services publics, à payer les fonctionnaires en livres convertibles et à amorcer des chantiers d’infrastructures dont le coût a été évalué par plusieurs institutions internationales à plus de 250 milliards de dollars. Sans normalisation bancaire, les annonces d’investissement venues du Golfe, notamment d’Arabie saoudite et du Qatar, peinent à se matérialiser en décaissements effectifs.
Washington face à un arbitrage stratégique
La requête syrienne place l’administration américaine devant un dilemme classique. D’un côté, lever totalement les sanctions permettrait de stabiliser un État pivot du Levant et d’éviter qu’il ne bascule dans l’orbite d’acteurs concurrents, qu’il s’agisse de Moscou, Téhéran ou Pékin. De l’autre, Washington reste soumis à des contraintes parlementaires : le Caesar Act ne peut être abrogé que par le Congrès, et plusieurs élus exigent des garanties préalables sur le sort des minorités, la lutte contre les groupes jihadistes résiduels et la coopération en matière de stocks d’armes chimiques.
L’environnement régional ajoute une couche de complexité. Israël, qui a multiplié les frappes sur le territoire syrien depuis la transition, plaide pour le maintien d’une pression économique conditionnée à des engagements sécuritaires. La Turquie, à l’inverse, soutient ouvertement la normalisation et cherche à positionner ses entreprises sur les marchés de la reconstruction. Les capitales du Golfe, déjà actives dans la réintégration de la Syrie au sein de la Ligue arabe depuis 2023, militent pour un assouplissement rapide afin de sécuriser leurs propres engagements.
Le calendrier rend l’arbitrage urgent. La livre syrienne, qui avait amorcé un rebond après la transition politique, montre à nouveau des signes de fragilité, et l’inflation grignote les maigres gains de pouvoir d’achat. Pour Ahmad al-Charaa, obtenir un geste fort de Donald Trump constituerait à la fois un succès diplomatique et une bouffée d’oxygène économique. Pour l’administration américaine, la décision dira jusqu’où elle entend recomposer son architecture de pression au Levant. Selon Al Akhbar, l’appel présidentiel syrien marque la formalisation d’une demande jusqu’ici exprimée par canaux discrets.
Pour aller plus loin
Golfe : Amnesty dénonce plus de 1 000 arrestations liées à la guerre · Ghalibaf prévient : aucun accord nucléaire sans garanties pour l’Iran · Minab : une frappe sur une école primaire endeuille l’Iran

Be the first to comment on "Al-Charaa demande à Trump la levée des sanctions visant la Syrie"