Le remplacement de Fadilou Keïta à la direction générale de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) du Sénégal continue d’alimenter le débat public à Dakar. Figure politique proche du pouvoir en place, l’ancien directeur général a été écarté de ses fonctions à l’issue d’un mandat marqué par une forte exposition médiatique. Le Rassemblement des travailleurs du Sénégal (RTS) est monté au créneau pour réclamer un audit approfondi et ce qu’il appelle « la vérité » sur les actes de gestion posés durant cette période.
Une centrale syndicale qui exige des comptes à la CDC
Dans sa sortie publique, le RTS estime que le départ de Fadilou Keïta ne saurait clore le dossier. La centrale demande l’ouverture d’un examen indépendant portant sur les engagements financiers, les investissements et les recrutements effectués au sein de la Caisse des dépôts et consignations. Les responsables syndicaux considèrent que l’institution, dépositaire de fonds sensibles pour l’économie sénégalaise, ne peut se satisfaire d’une simple relève à sa tête sans clarification préalable.
Pour le RTS, la crédibilité de la CDC auprès de ses déposants dépend directement de la transparence qui entourera cette transition. Le syndicat entend obtenir des éclaircissements sur les choix stratégiques opérés ces dernières années, notamment en matière de placements et de participations dans des projets publics ou parapublics. La démarche s’inscrit dans une revendication plus large de gouvernance des institutions financières adossées à l’État.
Un rôle central dans le financement de l’économie sénégalaise
La Caisse des dépôts et consignations occupe une position singulière dans l’architecture financière du pays. Elle gère les dépôts réglementés de plusieurs professions, les consignations administratives et une partie de l’épargne longue mobilisable pour le financement de l’économie. À ce titre, elle intervient dans des projets d’infrastructures, d’aménagement urbain et de soutien aux entreprises publiques, ce qui en fait un instrument non négligeable de la politique économique nationale.
Le passage de Fadilou Keïta à sa tête avait été marqué par une volonté affichée de repositionner l’institution comme un bras armé du nouveau pouvoir issu de l’alternance de 2024. Militant historique du Pastef, il incarnait la génération de cadres nommés à la faveur de cette recomposition politique. Son limogeage, intervenu sans communication détaillée sur les motifs, a nourri diverses interprétations dans les milieux d’affaires dakarois et au sein de la coalition au pouvoir.
Une transparence réclamée au nom des travailleurs
La demande du RTS dépasse le seul cas personnel de l’ancien directeur général. Elle traduit une préoccupation plus structurelle sur la manière dont sont pilotées les entités publiques et parapubliques au Sénégal, dans un contexte où le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye a fait de la reddition des comptes un axe central de son discours. Plusieurs audits ont déjà été lancés dans d’autres administrations et sociétés nationales, ouvrant un cycle inédit d’examen rétrospectif des pratiques de gestion.
Le syndicat insiste sur la protection des travailleurs de la CDC, qui pourraient être affectés par une éventuelle restructuration consécutive au changement de direction. Il plaide pour que l’audit annoncé porte aussi bien sur les décisions managériales que sur la politique salariale et les procédures internes de contrôle. Cette approche vise à éviter que les personnels servent de variable d’ajustement à une transition politique dont ils ne maîtrisent pas les ressorts.
Reste à savoir si les autorités de tutelle accéderont à la demande d’audit indépendant formulée par la centrale syndicale, ou si elles privilégieront une inspection interne classique. Le dossier Fadilou Keïta pourrait devenir un cas d’école sur la gouvernance des institutions financières publiques dans le Sénégal post-alternance, à l’heure où les partenaires financiers internationaux scrutent la solidité du cadre de gestion des fonds publics. Selon Dakaractu, le RTS entend maintenir la pression jusqu’à l’obtention d’engagements fermes sur la transparence de la démarche.
Pour aller plus loin
Dette sénégalaise : Dakar face au cabinet White & Case · Cameroun : 27,5 milliards de FCFA de la BID pour le PDRI-Dja · Zambie : Situmbeko Musokotwane reconduit au ministère des Finances

Be the first to comment on "Départ de Fadilou Keïta de la CDC : le RTS exige un audit"