La séquence est rare et révélatrice de la gravité de la situation sanitaire. Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), s’est rendu à Bunia, capitale provinciale de l’Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo, épicentre de la nouvelle flambée d’Ebola qui frappe le pays. Le déplacement intervient après une première étape à Kinshasa, où le patron de l’agence onusienne a échangé avec les autorités congolaises sur la stratégie de riposte.
Bunia, point névralgique d’une riposte sous pression
Bunia n’est pas une destination anodine. La ville, située à proximité de zones d’instabilité chronique entretenues par les groupes armés actifs en Ituri, concentre les principaux foyers de transmission identifiés par les équipes d’intervention. La présence sur place du plus haut responsable de l’OMS vise à signaler une mobilisation au sommet, à un moment où les chaînes de contamination doivent être brisées rapidement pour éviter une diffusion provinciale, voire transfrontalière, vers l’Ouganda voisin.
La visite répond à une logique éprouvée lors des précédentes épidémies qui ont frappé la RDC. À chaque résurgence majeure, l’agence onusienne accompagne le ministère congolais de la Santé publique en déployant épidémiologistes, logisticiens et personnels de laboratoire mobile. La présence de Tedros Ghebreyesus à Bunia agit comme un signal politique adressé aux bailleurs internationaux, sollicités pour financer la riposte, ainsi qu’aux communautés locales, dont l’adhésion conditionne le succès des opérations de traçage et de vaccination.
Un terrain rendu complexe par l’insécurité
L’Ituri cumule deux fragilités. La province connaît depuis plusieurs années des cycles de violences armées, qui entravent l’accès humanitaire et compliquent le déploiement des équipes médicales. Lors des épidémies antérieures, notamment celle déclarée en 2018 dans le Nord-Kivu et l’Ituri, plusieurs centres de traitement avaient été attaqués, retardant la riposte et alimentant la défiance d’une partie de la population à l’égard des intervenants extérieurs. Cette mémoire pèse encore sur les modalités d’intervention actuelles.
La riposte mobilise plusieurs leviers éprouvés : isolement des cas, suivi des contacts, vaccination en anneau autour des malades confirmés et de leur entourage. La RDC dispose désormais d’une expérience opérationnelle considérable contre le virus Ebola, identifié pour la première fois sur son sol en 1976. Le pays a affronté plus d’une dizaine d’épidémies, ce qui a forgé un savoir-faire reconnu chez ses praticiens et chercheurs, en lien avec l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) à Kinshasa.
Un enjeu sanitaire à dimension régionale
Au-delà de la dimension strictement médicale, le déplacement du directeur général comporte une portée diplomatique. L’OMS cherche à consolider la confiance entre Kinshasa et ses partenaires multilatéraux, dans un contexte où les financements de la santé mondiale sont mis sous tension par les arbitrages budgétaires des grands donateurs. Le message envoyé depuis Bunia est aussi celui d’une institution qui revendique sa présence sur le terrain, à rebours des critiques sur son fonctionnement centralisé.
Pour Kinshasa, l’enjeu est double. Contenir le foyer ituri avant qu’il ne devienne incontrôlable, et démontrer la capacité de l’État à coordonner une réponse efficace dans une région où son autorité est régulièrement contestée. La présidence congolaise a, à plusieurs reprises ces dernières années, fait de la santé publique un marqueur de souveraineté, en s’appuyant sur la production locale de vaccins et la montée en compétence de l’INRB.
Reste la question des moyens. Une riposte efficace contre Ebola exige des décaissements rapides, des couloirs logistiques sécurisés et un dialogue continu avec les communautés. La visite de Tedros Ghebreyesus à Bunia entend précisément accélérer ces trois chantiers, alors que chaque journée perdue se traduit par de nouveaux cas potentiels. Selon PressAfrik.
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