Cédéao : Dakar porte la candidature du général Birame Diop

Cultural performance by Maasai warriors in traditional attire at the Africa Energy Summit.Photo : The Silvagraph / Pexels

Dakar avance ses pions sur l’échiquier régional. Lors de la 68ᵉ session ordinaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), le chef de l’État sénégalais Bassirou Diomaye Faye a présenté la candidature du général Birame Diop à la présidence de la Commission de l’organisation. L’annonce, formulée devant les pairs ouest-africains, intervient dans une séquence diplomatique tendue où la Cédéao cherche à consolider son autorité après les ruptures successives du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Le choix d’un haut gradé pour piloter l’institution communautaire n’est pas anodin.

Un profil militaire pour une Commission fragilisée

Le général Birame Diop n’est pas un inconnu des cercles sécuritaires africains. Ancien chef d’état-major général des armées sénégalaises, il a également occupé des fonctions de haut niveau au sein du département des opérations de paix des Nations unies, où il a piloté le bureau des affaires militaires. Son parcours conjugue la rigueur du commandement opérationnel et la pratique de la diplomatie multilatérale, deux registres devenus indispensables pour une Cédéao confrontée à des défis sécuritaires d’ampleur inédite.

En portant ce profil, la présidence sénégalaise envoie un signal clair. La Commission, organe exécutif de l’organisation régionale, sort affaiblie de la confrontation avec l’Alliance des États du Sahel (AES), structure rivale créée par Bamako, Ouagadougou et Niamey après leur sortie annoncée du bloc. Restaurer la crédibilité institutionnelle, relancer le dialogue avec les capitales sahéliennes et redéfinir l’architecture sécuritaire commune figurent en tête des chantiers d’un futur président de Commission.

Le calcul diplomatique de Bassirou Diomaye Faye

Depuis son arrivée au palais de la République en avril 2024, Bassirou Diomaye Faye a multiplié les gestes en direction des juntes sahéliennes, plaidant pour une approche moins coercitive et davantage de dialogue. Le Sénégal s’est positionné en médiateur potentiel, à équidistance entre les capitales côtières attachées au cadre Cédéao et les régimes militaires sahéliens en rupture. Proposer un général sénégalais à la tête de la Commission s’inscrit dans cette stratégie de réinsertion diplomatique.

L’opération comporte toutefois des risques. La rotation à la présidence de la Commission suit des équilibres linguistiques, géographiques et politiques rigoureux entre États membres. Le mandat sortant, exercé par le Béninois Omar Touray depuis 2022, court jusqu’en 2026, mais les chefs d’État anticipent souvent la succession pour préparer les arbitrages. Le Sénégal devra convaincre tant les poids lourds anglophones, Nigeria et Ghana en tête, que les partenaires francophones comme la Côte d’Ivoire, dont le soutien sera déterminant.

Une Cédéao en quête d’un nouveau souffle

Au-delà du nom, c’est le projet porté qui pèsera dans la balance. La Cédéao traverse l’épisode le plus délicat de ses cinquante années d’existence. La perte de trois États fondateurs du bloc sahélien représente une amputation territoriale, démographique et stratégique majeure. Les flux commerciaux intra-régionaux, la libre circulation des personnes et les mécanismes monétaires hérités du projet ECO se trouvent fragilisés par cette recomposition.

Un président de Commission issu du milieu militaire pourrait par ailleurs faciliter la coordination opérationnelle avec les forces nationales et les partenaires extérieurs sur le front du terrorisme jihadiste, qui continue de progresser dans le Liptako-Gourma et menace désormais les pays côtiers du golfe de Guinée. Le Bénin, le Togo et le Ghana enregistrent une multiplication des incidents dans leurs zones septentrionales, ce qui pousse les capitales à privilégier des profils crédibles sur les enjeux sécuritaires.

Reste que la candidature de Birame Diop devra franchir l’étape des consultations bilatérales et des arbitrages au sommet des chefs d’État. À court terme, Dakar mise sur la lisibilité de son offre diplomatique pour convertir cette proposition en consensus régional. Le calendrier des prochaines sessions sera scruté de près par les chancelleries ouest-africaines. Selon PressAfrik, l’annonce a été formulée par Bassirou Diomaye Faye lors de la 68ᵉ session ordinaire de la Cédéao.

Pour aller plus loin

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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