Eramet accroît de 13% sa contribution à l’économie gabonaise en 2025

Large mining truck at a quarry in Thabazimbi, South Africa, under clear blue sky.Photo : Kefentse Molotsane / Pexels

La contribution du groupe Eramet à l’économie du Gabon a enregistré une hausse de 13% en 2025, selon les données communiquées par le conglomérat minier. Cette progression confirme la place centrale qu’occupe le producteur de manganèse dans le tissu productif gabonais, à un moment où Libreville cherche à consolider ses recettes extractives et à diversifier ses partenariats industriels. Le manganèse, dont le pays figure parmi les premiers producteurs mondiaux, demeure le principal vecteur de cette contribution, portée par les activités de la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), filiale historique du groupe.

Comilog, pilier industriel de la contribution d’Eramet au Gabon

Implantée depuis plus de six décennies dans la province du Haut-Ogooué, autour du site de Moanda, Comilog constitue le bras opérationnel d’Eramet au Gabon. La filiale extrait, transforme et exporte le minerai de manganèse, matière première stratégique pour la sidérurgie mondiale et pour les chaînes de valeur des batteries électriques. L’activité minière s’accompagne d’une logistique intégrée, structurée autour du Transgabonais, dont la Setrag, autre filiale du groupe, assure l’exploitation. Cette chaîne complète, de la mine au port d’Owendo, explique le poids macroéconomique de l’opérateur dans un pays dont l’économie reste fortement adossée aux matières premières.

La hausse de 13% recouvre plusieurs canaux de contribution : recettes fiscales et redevances versées à l’État, masse salariale distribuée aux employés locaux, achats auprès des fournisseurs gabonais et investissements communautaires. Ces flux alimentent directement le budget national et la trésorerie des collectivités du Haut-Ogooué, tout en irriguant un écosystème de sous-traitants dans le transport, la maintenance industrielle et les services miniers. La progression intervient dans un contexte de tensions sur les cours mondiaux du manganèse, ce qui rend la performance d’autant plus notable pour les autorités gabonaises.

Un baromètre des relations entre Libreville et le secteur minier

Au-delà du bilan comptable, la trajectoire d’Eramet au Gabon constitue un indicateur des relations entre les majors extractives et les autorités issues de la transition politique. Depuis le changement de régime intervenu fin août 2023, le pouvoir gabonais a multiplié les signaux en faveur d’une renégociation du partage de la rente minière et d’une montée en puissance de la transformation locale. La consolidation de la contribution du groupe français traduit, dans ce cadre, une forme de continuité opérationnelle malgré les recompositions institutionnelles.

Le sujet reste sensible. Les autorités de transition ont exprimé, à plusieurs reprises, leur volonté de renforcer la part de l’État dans les capitaux des compagnies opérant sur le sol national et d’accroître la valeur ajoutée captée localement. Eramet, qui exploite également d’importants gisements de nickel en Indonésie et de lithium en Argentine, considère le Gabon comme l’un de ses bassins industriels historiques. La filiale gabonaise pèse traditionnellement une part significative du chiffre d’affaires consolidé du groupe, ce qui confère à Libreville un levier de négociation appréciable.

Manganèse, infrastructures et diversification

La hausse de 13% s’inscrit également dans une dynamique d’investissements engagés ces dernières années pour accroître les capacités d’extraction et fluidifier la logistique ferroviaire. La modernisation du Transgabonais, axe vital pour l’évacuation du minerai vers la côte, conditionne la soutenabilité de cette contribution sur le moyen terme. Tout incident sur cette infrastructure se traduit immédiatement par un manque à gagner pour les exportations et, par ricochet, pour les recettes publiques.

Reste la question de la diversification. Le Gabon ambitionne de transformer davantage son manganèse sur place, plutôt que de l’exporter sous forme brute, afin de capter une plus grande part de la chaîne de valeur. Plusieurs projets de transformation, dont une usine de production de manganèse métal à Moanda, ont déjà été engagés par Comilog. Leur montée en puissance déterminera la capacité du tandem Eramet-Gabon à inscrire la croissance de 2025 dans la durée. Selon Financial Afrik, ces résultats confirment la solidité du partenariat industriel entre le groupe français et l’État gabonais.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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