Le chantier du fer de Milingui, situé dans la province de la Nyanga au sud-ouest du Gabon, entre dans une phase opérationnelle attendue depuis plusieurs années. Une récente visite du préfet du département de la Mougoutsi, dépêché par le gouverneur pour représenter l’autorité provinciale, a permis d’objectiver l’état d’avancement des installations et de mesurer la traduction concrète des engagements pris par l’exploitant. Sur place, les équipes chantier montent en cadence et l’opérateur confirme viser une première exportation de minerai brut avant la fin de l’année 2026.
Un gisement de fer stratégique pour la diversification minière du Gabon
Longtemps resté à l’état de perspective, le fer de Milingui figure parmi les leviers identifiés par Libreville pour élargir la base de son économie extractive, aujourd’hui structurée autour du manganèse de Moanda et du pétrole offshore. L’ouverture d’une nouvelle filière ferrifère offrirait au pays une exposition inédite à un marché mondial où la demande chinoise, indienne et moyen-orientale continue de tirer les cours malgré les cycles. Elle permettrait aussi de désenclaver économiquement la Nyanga, province méridionale historiquement moins irriguée par les investissements industriels que le Haut-Ogooué ou l’Estuaire.
La visite du représentant du gouverneur revêt à cet égard une portée politique claire. En se déplaçant sur site, l’administration provinciale signale aux populations riveraines et aux partenaires techniques que le projet bénéficie d’un suivi rapproché des autorités de transition. Ce type de séquence, courante dans les grands chantiers extractifs africains, sert à sécuriser la relation entre l’opérateur, les collectivités locales et l’État actionnaire, dans un contexte où la contestation sociale autour des projets miniers reste un risque opérationnel documenté.
Un calendrier serré jusqu’à la première expédition de minerai
L’échéance annoncée, fin 2026, laisse à l’opérateur environ un an pour finaliser les infrastructures indispensables à l’évacuation du minerai. La logistique constitue traditionnellement le principal goulet d’étranglement des projets ferrifères en Afrique centrale, où la question du transport ferroviaire ou routier vers un port en eau profonde conditionne la rentabilité du gisement. Le Gabon dispose d’un atout avec la façade atlantique de la Nyanga, mais la mise à niveau des voies d’accès et des installations portuaires appelle des investissements significatifs, dont le bouclage financier reste rarement trivial.
Par ailleurs, la tenue du calendrier dépendra aussi de la capacité de l’exploitant à mobiliser les équipements lourds, à recruter la main-d’œuvre qualifiée et à obtenir les autorisations environnementales complémentaires. Les projets ferrifères comparables dans la sous-région, du Belinga gabonais jamais lancé au Simandou guinéen entré tardivement en production, rappellent que les retards de plusieurs années sont la règle plus que l’exception. Tenir l’objectif de fin 2026 serait donc, en soi, une performance saluée par les investisseurs.
Un test pour la nouvelle doctrine minière des autorités gabonaises
Depuis la transition politique engagée en 2023, les autorités gabonaises ont réaffirmé leur volonté de renégocier les contrats miniers et de renforcer les retombées locales des projets extractifs. Milingui constituera à ce titre un cas d’école. Le régime fiscal appliqué, le niveau de participation de l’État, les obligations de transformation locale et les engagements en matière de contenu national seront scrutés par les autres opérateurs présents ou candidats au Gabon, notamment sur les blocs de fer et de manganèse encore non attribués.
Le succès de la première expédition serait par ailleurs un signal envoyé aux bailleurs et aux partenaires industriels, en particulier asiatiques, qui suivent de près la reconfiguration du secteur minier en Afrique centrale. La montée en puissance de la mine, une fois franchi le cap symbolique de 2026, déterminera la crédibilité de la trajectoire de diversification affichée par Libreville. Reste à convertir un chantier qui avance en une chaîne de valeur durablement rentable pour les finances publiques et les communautés de la Nyanga. Selon Gabon Review, l’opérateur maintient à ce stade son engagement sur l’échéance de fin 2026.
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