La capitale congolaise a servi de cadre, mardi 26 mai, à une rencontre stratégique pour l’avenir environnemental de l’Afrique centrale. Réunis autour du président Denis Sassou-Nguesso et des responsables de la Banque africaine de développement (BAD), bailleurs publics, institutions multilatérales et partenaires techniques ont annoncé une enveloppe globale de trois milliards de dollars destinée au Fonds bleu pour le Bassin du Congo. La table ronde, adossée aux 61es Assemblées annuelles de la BAD, marque une étape inédite pour ce mécanisme régional dont les ambitions affichées contrastaient jusqu’ici avec la modestie des décaissements effectifs.
Un mécanisme régional relancé après neuf ans d’attente
Porté à l’origine par Brazzaville et formalisé en 2016, le Fonds bleu du Bassin du Congo entend financer des projets de préservation des ressources naturelles dans les pays riverains du fleuve Congo, deuxième bassin hydrographique mondial après l’Amazone. L’instrument cible la protection des écosystèmes aquatiques, la lutte contre la déforestation, la pêche durable, l’assainissement et la valorisation économique des services écosystémiques. Il s’agit, en filigrane, de convertir la rente écologique de la sous-région en revenus tangibles pour des États dont les budgets dépendent encore massivement des hydrocarbures et des matières premières minérales.
Pendant près d’une décennie, le Fonds est demeuré une coquille politique attendant son armature financière. Les engagements pris à Oyo en 2017, puis lors de plusieurs sommets climatiques, n’avaient pas débouché sur des flux à la hauteur des annonces. La séquence de Brazzaville change l’échelle. Selon les chiffres communiqués à l’issue de la table ronde, les trois milliards de dollars mobilisés combinent contributions souveraines, prêts concessionnels de banques de développement et engagements de partenaires bilatéraux.
La BAD en chef d’orchestre, le Congo en vitrine diplomatique
Le rôle d’organisateur joué par la BAD n’a rien d’anodin. L’institution panafricaine, qui tient cette année ses assises à Abidjan et délocalise certains événements politiques majeurs, a fait de l’économie bleue un axe structurant de sa stratégie décennale. Akinwumi Adesina, président sortant en fin de mandat, a multiplié ces derniers mois les plateformes consacrées au financement climatique adapté aux réalités africaines, alors que le continent ne capte qu’une fraction des flux mondiaux destinés à l’adaptation.
Pour Brazzaville, l’opération relève aussi d’une stratégie diplomatique de longue haleine. Denis Sassou-Nguesso, qui préside la Commission climat du Bassin du Congo, cherche à positionner la République du Congo comme le porte-voix d’une diplomatie verte sous-régionale, face à la République démocratique du Congo voisine, qui détient l’essentiel des superficies forestières et tourbières du bassin. La mobilisation financière obtenue à domicile renforce cette posture, à un moment où les négociations sur les marchés volontaires du carbone redessinent les équilibres entre États producteurs de crédits et acheteurs internationaux.
Du financement à l’exécution : l’équation décisive
Reste l’épreuve de la mise en œuvre. Les trois milliards annoncés couvrent un programme prioritaire dont la déclinaison opérationnelle, le calendrier de décaissement et les modalités de gouvernance demeurent des points de vigilance. Les expériences passées de fonds environnementaux régionaux, du Fonds vert pour le climat aux initiatives bilatérales nordiques, ont montré que l’écart entre engagements et exécution se mesure souvent en années, parfois en décennies. La capacité d’absorption des administrations nationales, la qualité des études de faisabilité et la traçabilité des fonds constitueront des marqueurs scrutés par les partenaires.
Concrètement, les premiers projets financés devraient porter sur la restauration des berges, la modernisation de la navigation fluviale, l’appui aux communautés de pêcheurs et la cartographie des tourbières, ces puits de carbone dont la valeur stratégique a été révélée par les travaux scientifiques publiés depuis 2017. Pour les investisseurs privés, le signal envoyé par la BAD et les bailleurs pourrait également ouvrir la voie à des montages mixtes intégrant obligations vertes et garanties multilatérales. Le Bassin du Congo abrite près de 270 millions d’habitants et 70 % des forêts tropicales africaines, un capital naturel dont la monétisation ordonnée constitue désormais un enjeu de souveraineté.
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