La Côte d’Ivoire franchit une étape déterminante dans la valorisation de ses ressources offshore. En début de semaine, le consortium formé par l’italien ENI, la Société nationale d’opérations pétrolières de Côte d’Ivoire (Petroci) et le négociant suisse Vitol a paraphé la phase 3 du projet Baleine, assortie d’un plan d’investissement de quatre milliards de dollars. Découvert en 2021 dans les eaux profondes du sud-ouest ivoirien, ce gisement est présenté par Abidjan comme le levier central de sa stratégie de souveraineté énergétique.
La signature intervient à un moment charnière pour le secteur pétrolier ouest-africain, marqué par la montée en puissance de nouveaux producteurs comme le Sénégal et la Mauritanie. Pour ENI, opérateur du permis avec une participation majoritaire, le pari ivoirien constitue l’un des développements les plus rapides de son portefeuille mondial. Le groupe transalpin a mis moins de deux ans entre la découverte et la première huile, un calendrier rare dans l’industrie.
Un gisement structurant pour l’économie ivoirienne
Baleine renferme des réserves estimées à plusieurs milliards de barils équivalent pétrole, avec une composante gazière importante destinée en partie au marché domestique. La phase 3 doit permettre d’atteindre un plateau de production nettement supérieur aux phases initiales, qui avaient déjà porté le pays à un palier inédit depuis le début des années 2000. Le gaz associé sera acheminé vers les centrales thermiques du littoral, où il viendra alimenter le mix électrique national et soutenir l’industrialisation.
Sur le plan budgétaire, les retombées attendues sont substantielles. La fiscalité pétrolière, longtemps marginale dans les recettes ivoiriennes, pourrait devenir une variable structurante des finances publiques à mesure que le champ monte en cadence. Petroci, qui détient une participation aux côtés d’ENI et de Vitol, bénéficiera directement de la production, ce qui renforce la capacité de l’État à internaliser une partie de la rente.
Indépendance énergétique et arbitrages industriels
L’exécutif ivoirien a fait de l’autosuffisance énergétique un axe stratégique de son discours économique. La Côte d’Ivoire, déjà exportatrice nette d’électricité vers ses voisins de la sous-région, ambitionne de consolider ce statut grâce au gaz de Baleine. Concrètement, la disponibilité accrue d’hydrocarbures domestiques doit réduire la dépendance aux importations de produits raffinés et stabiliser les coûts de production pour la Société ivoirienne de raffinage (SIR), historiquement exposée à la volatilité des cours.
Reste que l’équation industrielle demeure complexe. Le développement d’un champ offshore profond mobilise des chaînes d’approvisionnement internationales, une expertise technique étroite et des unités flottantes coûteuses. ENI a opté pour une approche modulaire, fondée sur l’utilisation de FPSO reconvertis, afin de comprimer les délais et les budgets. Cette méthode, déjà éprouvée sur les premières phases, sert désormais de référence pour d’autres bassins du golfe de Guinée.
Une signature qui repositionne Abidjan dans le golfe de Guinée
Au-delà des chiffres, l’engagement de quatre milliards de dollars envoie un signal aux investisseurs internationaux. Dans une période où plusieurs majors réduisent leur exposition à l’Afrique subsaharienne au profit du Moyen-Orient ou des Amériques, le maintien d’un acteur de premier rang comme ENI sur la durée traduit une confiance dans la stabilité contractuelle ivoirienne. La présence de Vitol, l’un des plus grands traders mondiaux de matières premières, sécurise par ailleurs les débouchés commerciaux du brut produit.
La trajectoire de Baleine sera scrutée à Dakar, à Nouakchott et à Libreville, où les autorités cherchent à attirer des capitaux similaires sur leurs propres bassins. Pour Abidjan, l’enjeu des prochains mois consistera à transformer la promesse financière en retombées tangibles : emplois locaux, contenu industriel ivoirien, et alimentation effective des centrales électriques. La gouvernance des revenus pétroliers, sujet sensible dans toute la région, constituera l’autre baromètre de la réussite du projet.
Selon RFI Afrique, la phase 3 du projet a été signée en début de semaine par le consortium ENI-Petroci-Vitol pour un montant de quatre milliards de dollars.
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