Le paysage politique malien enregistre un nouveau basculement. Hamma Ag Mahmoud, ancien ministre passé par le régime militaire de Moussa Traoré, vient d’officialiser son adhésion à la Coalition des forces pour la république (CFR), plateforme d’opposition lancée en décembre 2025 sous l’impulsion de l’imam Mahmoud Dicko. Ce ralliement intervient près de six ans après la prise du pouvoir par les militaires, dans un contexte de fermeture progressive de l’espace politique à Bamako. La trajectoire du nouveau venu, à la fois ancien serviteur de l’État et ex-cadre du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), donne à la CFR une coloration plus transversale.
Un ralliement qui élargit la base de la CFR
La Coalition des forces pour la république avait été portée sur les fonts baptismaux à la fin de l’année dernière par un agrégat de personnalités civiles et religieuses opposées au prolongement de la transition militaire. L’imam Mahmoud Dicko, figure tutélaire du mouvement de contestation qui avait précipité la chute d’Ibrahim Boubacar Keïta en 2020, en demeure le porte-voix le plus médiatique. L’arrivée de Hamma Ag Mahmoud ouvre désormais le mouvement à une composante septentrionale et touarègue, jusqu’ici peu représentée dans l’écosystème de l’opposition civile basée à Bamako.
Le profil du nouveau rallié n’est pas anodin. Ministre sous la Troisième République militaire, puis cadre influent du MNLA lors du soulèvement de 2012, l’intéressé incarne plusieurs séquences charnières de l’histoire récente du Mali. Son adhésion suggère que la CFR cherche à dépasser le clivage Nord-Sud qui a longtemps structuré les recompositions politiques au Sahel central. Pour les autorités de transition, dirigées par le général Assimi Goïta, cet élargissement n’est pas neutre : il prive le pouvoir d’un argument récurrent selon lequel l’opposition civile resterait cantonnée aux élites urbaines du sud.
La résistance pacifique érigée en doctrine
La CFR revendique une ligne de résistance pacifique face à un pouvoir militaire qui se maintient sans scrutin depuis le double coup d’État de 2020 et 2021. La coalition réclame un calendrier électoral crédible et la fin des restrictions imposées aux partis politiques, suspendus par les autorités depuis plusieurs mois. Cette ligne non violente tranche avec la radicalisation observée ailleurs dans la sous-région, où les contestations civiles se heurtent souvent à des dispositifs sécuritaires durcis.
L’imam Dicko, dont l’audience dépasse les seuls cercles religieux, mise sur la pression de l’opinion et sur les ressorts diplomatiques. Reste que la marge de manœuvre de l’opposition demeure étroite. Plusieurs figures critiques de la transition ont été arrêtées ou contraintes à l’exil ces deux dernières années, et l’appareil sécuritaire conserve la haute main sur l’espace public. Dans ce cadre contraint, l’élargissement de la CFR vaut à la fois message politique et test de résilience.
Dialogue avec le Jnim et le FLA : un pari à haut risque
Au-delà de la question institutionnelle, la coalition assume une position particulièrement audacieuse sur le volet sécuritaire. La CFR plaide pour l’ouverture d’un dialogue politique avec le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (Jnim), affilié à al-Qaïda et principal acteur jihadiste de la zone sahélienne, ainsi qu’avec les indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA). L’objectif affiché : obtenir un cessez-le-feu et faire taire les armes dans un pays où l’emprise des groupes armés s’est nettement étendue depuis le départ de la mission onusienne.
Cette option tranche frontalement avec la doctrine officielle des autorités de transition, qui privilégient l’option militaire et ont récusé toute négociation avec les groupes qualifiés de terroristes. Elle rejoint en revanche les recommandations formulées par plusieurs analystes du conflit sahélien, qui soulignent les limites de la seule réponse cinétique face à une insurrection enracinée dans des dynamiques locales. Le ralliement de Hamma Ag Mahmoud, fin connaisseur des réseaux du Nord, pourrait précisément offrir à la CFR une capacité de médiation que peu d’acteurs revendiquent aujourd’hui à Bamako. Selon RFI Afrique.
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