Gabon : Owendo et Bikélé retrouvent l’électricité après trois jours

Silhouette of power lines and pole against a vibrant sunset sky.Photo : Andy Lee / Pexels

Le retour du courant électrique à Owendo et Bikélé, deux communes périphériques du Grand Libreville, met provisoirement fin à trois journées d’interruption qui ont paralysé les activités économiques et domestiques de milliers d’abonnés. L’incident, survenu sur le réseau de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), illustre la fragilité persistante des infrastructures de distribution dans la capitale gabonaise, où chaque panne majeure ravive le débat sur la qualité du service public et la modernisation du parc énergétique.

Trois jours de coupure dans le sud de Libreville

Les habitants d’Owendo, commune portuaire et industrielle, et ceux de Bikélé, zone résidentielle en pleine expansion, ont vécu une privation prolongée d’électricité. Pendant soixante-douze heures, commerces, ateliers, écoles et ménages se sont retrouvés à l’arrêt ou contraints de recourir aux groupes électrogènes, avec les surcoûts en carburant que cela implique. Les denrées périssables ont souffert, les petites unités de production ont tourné au ralenti, et les usagers ont multiplié les protestations sur les réseaux sociaux contre un opérateur historique souvent accusé d’opacité dans la gestion de ses incidents.

Owendo concentre une part stratégique de l’activité logistique du pays, avec son port en eau profonde et plusieurs zones industrielles. Une interruption de cette ampleur n’est pas neutre pour la chaîne d’approvisionnement nationale. Bikélé, de son côté, accueille un nombre croissant de classes moyennes installées dans les nouveaux lotissements de la périphérie est, dont les attentes en matière de fiabilité du service public ne cessent de progresser.

La SEEG sous pression face aux défaillances récurrentes

La Société d’énergie et d’eau du Gabon, opérateur en charge de la production, du transport et de la distribution électrique, a procédé aux réparations permettant le rétablissement progressif du courant. La nature exacte de l’avarie n’a pas été détaillée publiquement, mais les coupures répétées dans le Grand Libreville traduisent un déficit d’investissement structurel sur les lignes haute et moyenne tension, ainsi que sur les postes de transformation. Le réseau, dimensionné pour une capitale moins étendue, peine à absorber la croissance démographique et l’urbanisation accélérée de la rive sud de l’estuaire du Komo.

Depuis la transition politique amorcée en août 2023, les autorités gabonaises ont multiplié les annonces sur la nécessité de réhabiliter le secteur électrique. Plusieurs projets de centrales thermiques et hydroélectriques ont été remis sur la table, dont l’extension de la centrale de Kinguélé Aval, portée avec des partenaires internationaux. Reste que les chantiers de modernisation prennent du temps, alors que les usagers, eux, attendent des résultats immédiats sur la continuité du service.

Un enjeu politique autant que technique

La question énergétique est devenue un marqueur politique sensible à Libreville. Le pouvoir de transition, qui a fait de l’amélioration des conditions de vie un argument central de sa légitimité, se trouve directement interpellé à chaque épisode de coupure prolongée. Les délestages alimentent une frustration sociale qui se cristallise rapidement, notamment dans les communes périphériques où la perception d’un traitement inégal entre quartiers est récurrente.

Au-delà du Gabon, la situation reflète un défi régional. Plusieurs capitales d’Afrique centrale, de Brazzaville à Douala, font face à la même équation : un parc de production sous-dimensionné, un réseau de distribution vieillissant et une demande qui croît plus vite que les investissements. Les bailleurs multilatéraux, Banque africaine de développement (BAD) en tête, conditionnent désormais leurs concours à des réformes tarifaires et à une amélioration de la gouvernance des compagnies nationales d’électricité.

Pour la SEEG, le rétablissement du courant à Owendo et Bikélé referme une séquence pénible mais n’éteint pas les interrogations sur la résilience du réseau à l’approche de la saison des pluies, période traditionnellement propice aux incidents techniques. La pression sur l’opérateur, et indirectement sur l’État actionnaire, devrait s’intensifier dans les prochaines semaines, tant les attentes des abonnés s’accommodent de moins en moins de pannes à répétition.

Selon Info 241, le courant a finalement été rétabli après trois jours d’interruption dans les deux communes concernées.

Pour aller plus loin

Cameroun : la Socadel veut lever 150 milliards FCFA pour refinancer sa dette · Subventions aux hydrocarbures : Dakar évalue le risque à 1 000 milliards · La CIE versera 13,1 milliards FCFA de dividendes à ses actionnaires

Actualité africaine

About the Author

Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

Be the first to comment on "Gabon : Owendo et Bikélé retrouvent l’électricité après trois jours"

Laisser un commentaire