Crédit en zone CEMAC : les PME restent exclues du desserrement bancaire

Street view in Brasilia featuring the Central Bank of Brazil under a vibrant sky.Photo : Matheus Natan / Pexels

Le crédit bancaire dans la zone CEMAC s’affiche à un coût moyen de 10,99 % à fin juin 2026, un niveau qui traduit un repli progressif du loyer de l’argent dans les six économies membres. Ce chiffre agrégé masque toutefois une réalité connue des praticiens : la décrue profite d’abord aux signatures de premier rang, c’est-à-dire aux filiales de multinationales, aux grands groupes miniers et pétroliers, et à une poignée d’entreprises publiques ou parapubliques capables de négocier des conditions dérogatoires auprès des établissements de crédit de la sous-région.

Un marché bancaire CEMAC structurellement segmenté

La physionomie du secteur bancaire en Afrique centrale explique en grande partie cette asymétrie. Dans la zone CEMAC, une poignée d’établissements concentre l’essentiel des bilans, avec une forte présence de groupes panafricains et marocains au Cameroun, premier marché bancaire de la sous-région, et une banque de la place largement dépendante du secteur pétrolier au Gabon, au Congo et en Guinée équatoriale. Dans cette configuration, les grandes entreprises obtiennent des conditions proches des meilleurs standards internationaux, tandis que les petites et moyennes entreprises se voient appliquer des primes de risque élevées, souvent assorties d’exigences de garanties immobilières difficiles à satisfaire.

Les enquêtes de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) ont documenté de longue date cet écart. Les entreprises classées en catégorie « corporate » bénéficient de taux souvent inférieurs à 8 %, parfois moins pour les mieux notées, tandis que les PME, les très petites entreprises et les particuliers se voient facturer des taux à deux chiffres, pouvant dépasser 15 % lorsque l’on intègre les commissions et les frais annexes. Le taux moyen pondéré de 10,99 % reflète donc mécaniquement la part prépondérante des gros tickets dans l’encours total.

La politique monétaire de la BEAC en toile de fond

Ce mouvement de détente intervient dans un contexte où la BEAC a progressivement infléchi sa posture restrictive. Après le cycle de resserrement engagé à partir de 2021 pour contenir l’inflation importée et défendre les réserves de change du franc CFA, l’institut d’émission de Yaoundé a commencé à ajuster ses taux directeurs à mesure que la pression sur les prix refluait et que la position extérieure de la zone se consolidait. Le taux d’intérêt des appels d’offres, référence pour la liquidité bancaire, et le taux de la facilité de prêt marginal structurent les conditions auxquelles les banques commerciales se refinancent, et conditionnent in fine le prix facturé à la clientèle.

Reste que la transmission de la politique monétaire au crédit à l’économie demeure imparfaite dans la sous-région. Les banques, confrontées à un risque de contrepartie élevé sur le segment des PME, préfèrent souvent placer leurs excédents en titres publics émis par les Trésors nationaux via le marché des titres de la BEAC, dont les rendements se sont montrés attractifs ces dernières années. Ce phénomène d’éviction, bien documenté par les services du Fonds monétaire international dans leurs revues au titre de l’article IV sur les pays de la CEMAC, limite l’ampleur du desserrement effectivement perçu par le tissu productif de taille intermédiaire.

Un enjeu de diversification économique pour l’Afrique centrale

L’écart de conditions de financement n’est pas qu’une question technique : il pèse sur la trajectoire de diversification économique voulue par les six États membres, dont les économies restent fortement adossées aux hydrocarbures et aux matières premières. Le Cameroun, qui concentre à lui seul près de la moitié du PIB de la zone, affiche un taux de bancarisation encore modeste et un tissu de PME formelles réduit. Au Gabon, au Congo et en Guinée équatoriale, le crédit à l’économie hors secteur extractif demeure contraint. Le Tchad et la République centrafricaine, enfin, restent sous-bancarisés, avec des taux de pénétration du crédit parmi les plus faibles du continent.

Concrètement, tant que les PME de la sous-région continueront d’emprunter à des conditions sensiblement plus défavorables que les grands groupes, la baisse du loyer de l’argent restera un indicateur partiel, utile pour les marchés mais insuffisant pour nourrir une croissance inclusive. Les travaux en cours sur la réforme du cadre des sûretés mobilières, l’extension des bureaux d’information sur le crédit et la montée en puissance des mécanismes de garantie partielle apparaissent, à ce titre, comme les véritables leviers d’un rééquilibrage durable.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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