Au Gabon, la contestation politique autour du Code de la nationalité prend de l’ampleur. Le mouvement Ensemble pour le Gabon (EPG), qui s’était récemment illustré en critiquant la régulation des réseaux sociaux, a décidé de porter le fer sur un autre texte sensible du quinquennat de Brice Clotaire Oligui Nguema. Le nouveau Code, promulgué dans le sillage de la transition ouverte par le coup de force d’août 2023, cristallise désormais les tensions entre le pouvoir et une partie de l’opposition civique. La formation y voit un instrument de durcissement des conditions d’accès à la citoyenneté, à rebours de l’ouverture affichée par les autorités de Libreville.
Un second front pour EPG face au pouvoir gabonais
Le choix du Code de la nationalité comme nouvelle cible n’a rien d’anodin. En s’attaquant à ce texte, EPG inscrit son combat dans la durée et cherche à occuper un terrain politique laissé vacant par les partis traditionnels. Le mouvement avait déjà marqué l’opinion en dénonçant les restrictions encadrant l’usage des plateformes numériques, perçues comme une tentative de verrouillage de l’espace public. Ce premier affrontement avec l’exécutif de transition, puis avec la présidence élue, lui avait permis de gagner en visibilité auprès d’une frange urbaine et connectée de la population gabonaise.
En ouvrant un second dossier, l’organisation entend démontrer sa capacité à peser sur les grands arbitrages institutionnels. Le Code de la nationalité, dans sa version remaniée, encadre l’acquisition, la perte et le retrait de la qualité de Gabonais. Ses défenseurs y voient un outil de protection de la souveraineté et un rempart contre les naturalisations de complaisance longtemps dénoncées dans le pays. Ses détracteurs, à l’inverse, redoutent un durcissement excessif susceptible de fragiliser des milliers de binationaux et de descendants d’étrangers installés de longue date sur le territoire.
Un texte emblématique de la refondation voulue par Oligui Nguema
Depuis son arrivée au pouvoir, Brice Clotaire Oligui Nguema a fait de la refondation institutionnelle l’un des axes structurants de son action. La nouvelle Constitution, adoptée par référendum, a été suivie d’une série de textes organiques et de codes sectoriels destinés à réécrire les règles du jeu politique et administratif. Le Code de la nationalité s’inscrit dans cette architecture. Il traduit une volonté de clarifier les critères d’appartenance à la communauté nationale, dans un pays où la question des étrangers et de l’accès aux ressources publiques est régulièrement instrumentalisée.
Mais cette refondation n’échappe pas aux critiques. Plusieurs juristes et acteurs de la société civile gabonaise estiment que certaines dispositions du nouveau Code manquent de garanties procédurales, notamment en matière de retrait de nationalité. L’absence de débat parlementaire approfondi, dans un contexte marqué par l’encadrement strict de la vie politique, alimente le soupçon d’un texte taillé pour servir des objectifs conjoncturels. EPG s’appuie précisément sur ces zones grises pour construire son argumentaire et interpeller l’opinion publique.
Un enjeu de cohésion nationale pour Libreville
Au-delà de la querelle juridique, la bataille autour du Code de la nationalité met en lumière une question plus profonde : celle du modèle d’intégration gabonais. Le pays compte une importante population d’origine étrangère, notamment ouest-africaine, dont les descendants nés au Gabon posent la question du droit du sol et des conditions de sa reconnaissance. Tout durcissement dans ce domaine comporte un risque social et diplomatique, alors que Libreville cherche à consolider ses relations avec ses voisins de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC).
Pour l’exécutif gabonais, la riposte politique devra tenir compte de cette complexité. Ignorer les critiques d’EPG serait prendre le risque d’une cristallisation plus large de la contestation autour d’un texte symboliquement lourd. Y répondre par des ajustements ciblés permettrait, à l’inverse, de désamorcer un débat dont la charge émotionnelle dépasse le strict cadre juridique. Dans les prochaines semaines, la posture adoptée par la présidence et par le Parlement sera scrutée par les chancelleries comme par les investisseurs, attentifs à la trajectoire démocratique du Gabon post-transition.
Selon Info 241, la mobilisation d’EPG sur ce dossier marque une étape supplémentaire dans la structuration d’une opposition civique face aux réformes engagées par Brice Clotaire Oligui Nguema.
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