Trump presse Riyad et Doha de rejoindre les accords d’Abraham

Beautiful view of Riyadh Water Tower silhouetted against a stunning sunset sky.Photo : Alamin Prodhania / Pexels

Le président américain Donald Trump a placé l’Arabie saoudite et le Qatar face à une exigence frontale : adhérer aux accords d’Abraham et reconnaître officiellement Israël. Cette injonction, formulée lundi, intervient alors que Washington esquisse les contours d’un plan de paix avec l’Iran. La Maison-Blanche entend lier les deux dossiers, en faisant de la normalisation régionale une condition préalable à toute désescalade durable avec Téhéran.

Une pression américaine recalibrée sur le Golfe

Signés en 2020 lors du premier mandat de Donald Trump, les accords d’Abraham ont permis la reconnaissance d’Israël par les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc puis le Soudan. Cinq ans plus tard, le locataire de la Maison-Blanche cherche à élargir ce socle aux poids lourds économiques et religieux du monde arabo-musulman. Riyad, gardien des Lieux saints, et Doha, médiateur reconnu sur les dossiers iranien et palestinien, constituent les cibles prioritaires de cette nouvelle séquence diplomatique.

L’administration américaine articule désormais sa doctrine régionale autour d’un triptyque : neutralisation du programme nucléaire iranien, intégration sécuritaire d’Israël dans l’architecture du Golfe, et garanties américaines aux monarchies signataires. Pour Donald Trump, la normalisation saoudo-israélienne demeure le trophée diplomatique qu’il n’a pas obtenu lors de son premier mandat, malgré des négociations avancées en 2023 interrompues par la guerre de Gaza.

Riyad et Doha entre calcul stratégique et opinion publique

Le prince héritier Mohammed ben Salmane a longtemps conditionné toute reconnaissance d’Israël à la création d’un État palestinien viable. Cette ligne, réaffirmée à plusieurs reprises depuis octobre 2023, complique l’équation pour Washington. Le royaume saoudien réclame également un pacte de défense bilatéral avec les États-Unis, un accès au nucléaire civil et des garanties technologiques de haut niveau. Autant de contreparties qui transformeraient l’éventuelle adhésion aux accords d’Abraham en accord stratégique global.

Le Qatar occupe une position plus singulière. Hôte de la plus grande base militaire américaine de la région, à Al-Udeid, l’émirat entretient des canaux directs avec le Hamas, le Hezbollah et Téhéran. Cette diplomatie d’entremise, valorisée par Washington dans les négociations sur les otages israéliens, rend toute normalisation immédiate délicate. Doha mise sur son rôle de médiateur indispensable plutôt que sur un alignement frontal qui briserait ses canaux de dialogue avec l’axe chiite.

Au-delà des calculs élitaires, les opinions publiques arabes restent profondément hostiles à toute reconnaissance d’Israël tant que la question palestinienne demeure en suspens. Les images de Gaza ont durablement érodé le capital politique disponible pour engager une telle bascule, y compris dans les monarchies où la contestation reste contenue.

L’Iran, variable centrale du nouvel agencement régional

En conditionnant la paix avec l’Iran à l’élargissement des accords d’Abraham, Donald Trump tente une manœuvre à double détente. D’un côté, il offre à Téhéran une porte de sortie diplomatique après des mois de tensions militaires et de frappes ciblées. De l’autre, il instrumentalise cette ouverture pour arracher au Golfe ce que la voie bilatérale n’a pas permis d’obtenir. La République islamique, affaiblie économiquement mais militairement résiliente, observe avec méfiance ce que ses dirigeants qualifient d’encerclement diplomatique.

Pour Israël, le bénéfice est tangible : une reconnaissance saoudienne validerait l’État hébreu comme acteur structurant du Proche-Orient et marginaliserait l’axe iranien. Le gouvernement Netanyahou, fragilisé sur la scène intérieure, y trouverait un succès diplomatique majeur. Reste que toute concession significative sur le dossier palestinien, exigée par Riyad, demeure politiquement explosive au sein de la coalition au pouvoir à Tel-Aviv.

Concrètement, les prochaines semaines diront si l’exigence présidentielle américaine relève de la posture de négociation ou d’une feuille de route opérationnelle. Les chancelleries du Golfe attendent désormais des engagements écrits de Washington, notamment sur le volet sécuritaire, avant d’envisager toute inflexion publique. Selon France 24 Moyen-Orient.

Pour aller plus loin

Le Qatar dément avoir versé 12 milliards de dollars à l’Iran · Iran et États-Unis : les contours d’un possible accord se précisent · Golfe : le QG Khatam al-Anbiya écarte toute présence militaire étrangère

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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