Gaza : le Conseil de paix onusien couvre la reprise des frappes israéliennes

Interior view of the Swiss Parliament Building in Bern, showcasing its grandeur and Swiss heritage.Photo : Christian Wasserfallen / Pexels

Le Conseil de paix récemment esquissé pour superviser la trêve à Gaza devait incarner la garantie internationale d’un arrêt durable des combats. Quelques semaines après son installation politique, l’instance apparaît plutôt comme un instrument de légitimation de la reprise des frappes israéliennes. La rhétorique des chancelleries occidentales s’est inversée : ce n’est plus la poursuite des bombardements qui menace l’accord, mais le comportement supposé du Hamas. Ce glissement narratif, soigneusement orchestré, transforme un cessez-le-feu fragile en mécanisme de couverture diplomatique.

Un Conseil de paix taillé pour absoudre Israël

Le dispositif validé par le Conseil de sécurité des Nations unies confie à un organe ad hoc, dominé par Washington et ses alliés, la mission d’arbitrer le respect des engagements pris à Gaza. Sur le papier, il s’agit d’une architecture de supervision multilatérale. Dans la pratique, ses prises de parole publiques tendent à minimiser, voire à passer sous silence, les opérations menées par l’armée israélienne dans l’enclave depuis l’entrée en vigueur de la trêve. La grille de lecture imposée présume une partie respectueuse de ses obligations et une autre soupçonnée par défaut.

Cette asymétrie structurelle, relevée par Al Akhbar, déplace la charge de la preuve. Chaque frappe israélienne devient une réponse présumée légitime à une provocation attribuée au Hamas, sans enquête contradictoire. Les violations répétées du cessez-le-feu sont reclassées en mesures défensives, et la pression diplomatique se concentre exclusivement sur la partie palestinienne. Le langage des communiqués officiels du Conseil reflète ce parti pris : on y parle d’« incidents », rarement de bombardements, et l’on évite scrupuleusement de désigner Tel-Aviv comme acteur de l’escalade.

La fabrique du récit : Israël innocenté par anticipation

La séquence diplomatique observée depuis l’automne illustre une mécanique éprouvée. Avant même que ne soient documentées les frappes sur Rafah, Khan Younès ou les abords de la ligne jaune de retrait, les capitales occidentales relaient une lecture exonératoire : Israël se conformerait à l’accord, le Hamas chercherait à le saboter. Cette préqualification rend politiquement coûteuse toute condamnation ultérieure des actions israéliennes. Les rares voix dissonantes, au sein des Nations unies ou parmi les organisations humanitaires, peinent à se faire entendre dans un espace médiatique structuré par le Conseil de paix.

L’analyse publiée à Beyrouth souligne que ce mécanisme n’est pas accidentel. Il participe d’une stratégie de long terme visant à institutionnaliser l’impunité opérationnelle de l’armée israélienne, tout en maintenant la fiction d’un processus diplomatique vivant. Le coût pour les populations gazaouies, déjà éprouvées par plus de deux ans de guerre, demeure occulté par cette comptabilité diplomatique sélective. Les bilans humanitaires, lorsqu’ils émergent, sont présentés comme des dommages collatéraux d’une trêve mise à mal par le seul camp palestinien.

Une trêve transformée en cadre de guerre maîtrisée

Reste que ce montage produit des effets concrets sur le terrain. Sous couvert de surveillance internationale, l’État hébreu conserve une marge d’initiative militaire considérable, qu’il s’agisse de frappes ciblées, d’opérations de démolition ou d’incursions dans les zones évacuées. Le cessez-le-feu, plutôt que de geler la confrontation, en redéfinit les règles à l’avantage de la partie la mieux dotée diplomatiquement. La trêve devient un cadre de guerre maîtrisée, où l’usage de la force est blanchi par la procédure.

Pour les acteurs régionaux, notamment le Caire, Doha et Ankara, qui ont investi un capital politique important dans la médiation, ce constat pose un dilemme. Continuer à cautionner un Conseil de paix dont les actes contredisent la vocation affichée, ou rompre publiquement avec un format dont ils dépendent pour peser sur Washington. Les capitales arabes, prudentes, ont jusqu’ici opté pour la première voie, en pariant sur une marge de manœuvre interne au dispositif. Le pari reste à démontrer.

À mesure que les frappes reprennent et que la documentation des violations s’accumule, la crédibilité de l’architecture onusienne se joue à Gaza. Le Conseil de paix sera évalué non sur sa capacité à produire des communiqués équilibrés, mais sur celle de contraindre la partie la plus puissante. Selon Al Akhbar, ce test n’est, pour l’heure, pas concluant.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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