Israël préparerait une vague d’assassinats au Liban et en Iran

Captured view of Beirut's skyline with the Lebanese flag during sunset, showcasing urban architecture.Photo : Jo Kassis / Pexels

Israël envisagerait une nouvelle vague d’assassinats ciblés au Liban et en Iran, selon des informations rapportées par la presse libanaise. Le dispositif, présenté comme l’un des volets centraux de la doctrine sécuritaire israélienne pour les prochains mois, viserait des cadres politiques, militaires et techniques associés à l’axe dit de la résistance. Il s’inscrit dans le prolongement direct de la campagne d’éliminations conduite depuis l’automne 2024, qui avait notamment décimé l’état-major du Hezbollah et frappé plusieurs scientifiques iraniens.

Un retour à la doctrine des frappes ciblées

Le recours systématique à l’élimination préventive constitue de longue date un pilier de la stratégie israélienne au Levant. Tel-Aviv y voit un outil de dissuasion graduée, censé démanteler les chaînes de commandement adverses sans déclencher de guerre conventionnelle ouverte. La séquence préparée par les services de renseignement, selon Al Akhbar, marquerait une accélération de cette logique, alors que le cessez-le-feu négocié fin 2024 entre Israël et le Hezbollah demeure fragile et régulièrement violé dans le sud du Liban.

Les profils potentiellement visés appartiendraient à plusieurs catégories : responsables sécuritaires libanais affiliés au parti chiite, cadres opérationnels chargés de la reconstitution des capacités militaires, mais aussi figures iraniennes impliquées dans les programmes balistiques ou nucléaires. Cette extension géographique, du Liban jusqu’au territoire iranien, traduit l’effacement progressif des lignes rouges qui structuraient auparavant les confrontations entre Israël et Téhéran.

Le Liban en première ligne, l’Iran toujours dans le viseur

Sur le sol libanais, la mise en œuvre d’une telle campagne réactiverait des dynamiques explosives. Depuis la guerre de l’automne 2024, le Hezbollah a perdu une part substantielle de son commandement historique, dont son secrétaire général Hassan Nasrallah, tué dans une frappe aérienne en septembre de la même année. La formation chiite, engagée dans une reconstruction discrète de son appareil, considérerait toute reprise des éliminations comme un casus belli susceptible de faire voler en éclats la trêve.

Le gouvernement libanais, déjà placé sous tension par la pression américaine en faveur d’un désarmement du Hezbollah, se retrouverait dans une position intenable. Beyrouth ne dispose d’aucun levier pour empêcher les opérations israéliennes sur son territoire, mais en porterait le coût politique et sécuritaire. Les chancelleries européennes, notamment Paris, suivent avec inquiétude un scénario qui compromettrait les efforts de stabilisation institutionnelle engagés autour du président Joseph Aoun et du Premier ministre Nawaf Salam.

Côté iranien, la menace d’assassinats supplémentaires intervient après une année 2024 marquée par des frappes israéliennes spectaculaires, dont l’élimination du chef du bureau politique du Hamas Ismaïl Haniyeh à Téhéran en juillet. La République islamique, affaiblie par la chute de son allié syrien Bachar al-Assad fin 2024 et par les coups portés au Hezbollah, peine à restaurer une capacité de dissuasion crédible face à Tel-Aviv.

Une équation régionale sous très haute tension

L’éventuelle généralisation de ces opérations pose la question des garde-fous diplomatiques. Washington, principal soutien d’Israël, a multiplié les avertissements contre une escalade non maîtrisée, sans pour autant entraver la liberté d’action de son allié. Les médiations menées par Doha et Le Caire sur le dossier de Gaza restent suspendues à l’évolution du front nord, où chaque frappe ciblée peut transformer une trêve précaire en conflit ouvert.

Pour les capitales du Golfe, attentives à la préservation de leurs accords de normalisation ou de leurs canaux discrets avec Israël, la perspective d’une nouvelle campagne d’éliminations complique l’équation. Riyad, qui négocie depuis plusieurs mois un cadre de sécurité régional intégrant Tel-Aviv, redoute qu’une déstabilisation simultanée du Liban et de l’Iran ne torpille les ambitions de réorganisation diplomatique portées par le prince héritier Mohammed ben Salmane.

Reste que l’avertissement publié à Beyrouth s’inscrit dans une longue tradition de fuites visant à dissuader autant qu’à informer. La frontière entre intoxication, signalement stratégique et révélation opérationnelle demeure poreuse. Selon Al Akhbar, la phase préparatoire des opérations serait toutefois déjà engagée.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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