Ghalibaf prévient : aucun accord nucléaire sans garanties pour l’Iran

Modern architecture highlighting geometric patterns and design in Tehran, Iran.Photo : AmirAbbas Rahbar Modami / Pexels

Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a posé une ligne rouge claire dans la séquence diplomatique en cours autour du programme nucléaire iranien. Aucun compromis qui ne garantirait pas pleinement les droits de Téhéran ne sera entériné, a-t-il averti, dans une déclaration qui résonne comme un avertissement adressé autant aux interlocuteurs occidentaux qu’à l’opinion intérieure. La sortie du responsable conservateur s’inscrit dans une période de fortes tensions, où les canaux indirects entre la République islamique et les États-Unis tentent de prévenir une escalade dont la région redoute les conséquences.

Une posture de fermeté face à Washington

En affirmant que Téhéran ne signera pas un texte déséquilibré, Ghalibaf reprend une grammaire diplomatique éprouvée depuis le retrait américain du Plan d’action global commun (JCPOA) en 2018. Le message est double. Sur le plan extérieur, il s’agit de signifier aux émissaires occidentaux que la levée effective des sanctions, l’accès aux avoirs gelés et la reconnaissance du droit à l’enrichissement civil constituent des préalables non négociables. Sur le plan intérieur, le président du Majlis verrouille tout glissement de la délégation iranienne vers des concessions jugées excessives par l’establishment sécuritaire.

La déclaration intervient alors que plusieurs capitales, dont Mascate et Doha, jouent les facilitateurs entre la République islamique et l’administration américaine. Les discussions techniques, menées loin des projecteurs, achoppent sur le niveau d’enrichissement de l’uranium toléré, sur le calendrier de retrait des restrictions économiques et sur les mécanismes de vérification confiés à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Chaque paramètre engage l’équilibre stratégique régional.

La diplomatie nucléaire prise dans la crise régionale

La séquence ne peut se lire indépendamment de l’embrasement qui traverse le Moyen-Orient depuis octobre 2023. La guerre à Gaza, les frappes croisées entre Israël et l’Iran au printemps 2024, l’affaiblissement du Hezbollah libanais et la recomposition syrienne ont profondément modifié le paysage. Téhéran a perdu plusieurs leviers régionaux, mais conserve un programme nucléaire avancé que l’AIEA décrit comme proche du seuil militaire, avec un stock d’uranium enrichi à 60 % évalué en dizaines de kilogrammes.

Dans ce contexte, la fermeté de Ghalibaf répond à une logique d’économie stratégique. Concéder aujourd’hui sans contrepartie tangible reviendrait à brader le principal atout de négociation dont dispose encore la République islamique. Plusieurs voix au sein du Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime plaident pour une approche transactionnelle, mesurée mais exigeante. D’autres, plus offensives, militent pour la poursuite de l’enrichissement à des fins dissuasives.

Un message politique à plusieurs étages

Figure influente du conservatisme iranien, ancien maire de Téhéran et ex-commandant des Gardiens de la Révolution, Ghalibaf parle aussi en stratège politique. Sa déclaration consolide le front intérieur autour du gouvernement de Massoud Pezeshkian, élu en juillet 2024 sur une ligne d’ouverture mesurée. En verrouillant les paramètres de la négociation, le Parlement offre une couverture politique à l’exécutif tout en limitant sa marge de manœuvre.

Reste que le rapport de forces économique pèse lourdement sur Téhéran. L’inflation dépasse durablement les 40 %, la monnaie nationale s’est effondrée face au dollar et les exportations pétrolières, bien qu’en hausse vers la Chine, demeurent contraintes par le régime de sanctions américaines. Cette équation interne pousse, qu’on le veuille ou non, à rechercher un compromis, fût-il a minima.

Pour les chancelleries arabes du Golfe, les signaux envoyés depuis Téhéran sont scrutés avec attention. Riyad, Abou Dhabi et Doha redoutent autant un accord mal calibré, qui légitimerait le seuil nucléaire iranien, qu’une rupture diplomatique pouvant déboucher sur une confrontation militaire ouverte. Les opérateurs énergétiques de la région, mais aussi les places financières du Moyen-Orient, intègrent désormais ce risque dans leurs scénarios. La fermeté affichée par le président du Majlis ne ferme pas la porte à la négociation, elle en relève le prix d’entrée. Selon Al Akhbar.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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