La séquence diplomatique ouverte ces derniers mois entre Beyrouth et Tel-Aviv a échoué, selon le député libanais Ali Fayyad, figure du Hezbollah au Parlement. Dans une intervention reprise par le quotidien beyrouthin Al Akhbar, l’élu affirme que le pari d’une négociation directe avec Israël n’a produit aucun résultat tangible pour le Liban, ni sur le terrain sécuritaire, ni sur le dossier frontalier. Cette prise de position intervient alors que la pression américaine pour formaliser des canaux bilatéraux ne faiblit pas.
Une lecture politique de l’impasse libano-israélienne
Pour Fayyad, l’expérience récente confirme une intuition ancienne du camp de la résistance : Israël n’engage de discussions que sous contrainte, et utilise les fenêtres de dialogue pour consolider ses gains militaires. Le député souligne que les contacts directs, encouragés par certaines capitales occidentales, n’ont pas permis d’obtenir un retrait israélien complet des positions occupées dans le sud du Liban depuis la guerre de l’automne 2024. Les frappes se sont poursuivies, malgré le cessez-le-feu conclu fin novembre 2024 sous parrainage américain et français.
L’argument déployé dépasse la simple critique tactique. Il met en cause la philosophie même d’un règlement bilatéral entre un État libanais affaibli et une puissance régionale en position de force. Fayyad estime que l’asymétrie structurelle entre les deux parties rend illusoire tout compromis équilibré sans garant extérieur robuste. Le député rappelle que les mécanismes multilatéraux, notamment le comité de surveillance présidé par les États-Unis et associant la France, demeurent l’enceinte naturelle pour traiter les violations.
Le retour assumé à la médiation internationale
Derrière cette déclaration se dessine une bataille interne à Beyrouth sur la conduite des relations avec l’État hébreu. Une partie de la classe politique libanaise, échaudée par la persistance des bombardements et par l’absence de retrait israélien des cinq positions stratégiques encore occupées, plaide pour rouvrir un canal direct sous supervision américaine. L’envoyé spécial de Washington, Amos Hochstein puis ses successeurs, a multiplié les déplacements pour tester cette hypothèse. Le camp emmené par le Hezbollah s’y oppose frontalement.
Fayyad inscrit son refus dans la continuité doctrinale du parti chiite : aucune normalisation, aucune reconnaissance implicite, et un dialogue technique strictement encadré par les Nations unies via la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) et le mécanisme tripartite. Cette ligne, longtemps majoritaire à Beyrouth, est aujourd’hui contestée par des voix souverainistes qui jugent que l’État libanais doit reprendre la main sur sa diplomatie frontalière, indépendamment de la résistance armée.
Un signal envoyé à Washington et à Paris
La sortie du député vise aussi un auditoire extérieur. En affirmant publiquement l’échec de la voie directe, le Hezbollah envoie un message aux médiateurs occidentaux : tout règlement durable passera par une pression accrue sur Israël, et non par des concessions libanaises supplémentaires. La formation chiite, affaiblie militairement par la guerre de 2024 mais toujours dotée d’un poids parlementaire décisif, entend peser sur la définition du cadre négocié.
Concrètement, les points de friction restent nombreux. Le tracé de la frontière terrestre, la délimitation maritime au-delà de l’accord d’octobre 2022, le sort des prisonniers libanais détenus en Israël et la question des survols aériens constituent autant de dossiers ouverts. Reste que l’État libanais, présidé désormais par Joseph Aoun et dirigé par le premier ministre Nawaf Salam, cherche à reprendre l’initiative diplomatique sans rompre avec ses partenaires régionaux.
La déclaration de Fayyad illustre la difficulté à construire un consensus interne sur la méthode. Entre le refus catégorique du face-à-face et la tentation d’un pragmatisme bilatéral, le Liban hésite. Selon Al Akhbar, le débat est désormais public et structurera les arbitrages diplomatiques des prochaines semaines.
Pour aller plus loin
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