Golfe : le QG Khatam al-Anbiya écarte toute présence militaire étrangère

The TCG Anadolu L400 military ship navigating the waters of Istanbul, Turkey.Photo : Rasul Yarichev / Pexels

Le commandement central iranien Khatam al-Anbiya a réitéré sa ligne stratégique sur la sécurité du Golfe : aucune puissance extérieure n’a vocation à y déployer ses forces. La position, rapportée par la presse libanaise proche de l’axe de la résistance, vise explicitement les dispositifs militaires américain, britannique et français présents de longue date dans la zone. Téhéran y voit une intrusion durable dans son environnement maritime immédiat et une source de tensions structurelles.

Une doctrine régionale assumée face aux dispositifs occidentaux

Le quartier général Khatam al-Anbiya, qui coordonne l’action conjointe de l’armée régulière et des Gardiens de la révolution, occupe une place centrale dans l’appareil de défense iranien. Sa direction soutient que la stabilité du Golfe relève d’abord des États riverains, et qu’aucun acteur extra-régional ne peut prétendre y assurer l’ordre sans alimenter de nouveaux foyers de crise. Cette lecture, constante depuis plusieurs années à Téhéran, gagne en visibilité à mesure que les capitales du Conseil de coopération du Golfe (CCG) recomposent leurs équilibres diplomatiques.

Le message s’adresse en creux à Washington, dont la Ve flotte est stationnée à Bahreïn, mais aussi aux partenaires européens engagés dans des missions de surveillance maritime dans le détroit d’Ormuz. Pour les responsables iraniens, ces déploiements forment une architecture héritée d’une époque révolue, déconnectée des réalités politiques actuelles de la région. Le rapprochement progressif entre Téhéran et Riyad, amorcé par l’accord conclu sous médiation chinoise en mars 2023, fournit l’arrière-plan diplomatique de cette nouvelle assertivité.

Une lecture stratégique adossée au rapprochement avec Riyad

La direction de Khatam al-Anbiya insiste sur l’idée d’un mécanisme de sécurité collective construit par les seuls riverains du Golfe. Cette proposition, déjà formulée par la diplomatie iranienne lors d’échanges avec Oman et le Qatar, repose sur l’idée que les États du pourtour partagent des intérêts économiques convergents, notamment autour de la sécurisation des flux d’hydrocarbures. Près du tiers du pétrole maritime mondial transite par le détroit d’Ormuz, un corridor stratégique dont la moindre perturbation se répercute immédiatement sur les marchés énergétiques.

Téhéran met également en avant la multiplication des incidents impliquant des navires étrangers comme preuve de l’inefficacité du dispositif occidental. Selon cette argumentation, la présence de coalitions navales internationales n’a pas empêché les attaques contre les tankers ni les frictions répétées avec les Houthis en mer Rouge. Le commandement iranien plaide donc pour un transfert de responsabilité vers les marines régionales, dont la sienne, dotée d’unités de surface et sous-marines récemment modernisées.

Implications pour les capitales du Golfe et leurs partenaires

Pour les monarchies du CCG, la déclaration intervient à un moment délicat. Riyad et Abou Dhabi ont engagé des canaux de dialogue inédits avec Téhéran tout en maintenant des partenariats stratégiques étroits avec les États-Unis. Le royaume saoudien négocie ainsi un pacte de défense avec Washington, tandis que les Émirats arabes unis abritent toujours d’importantes installations militaires américaines et françaises, dont la base interarmées de Camp de la Paix à Abou Dhabi.

Le discours iranien place ces partenaires devant une équation diplomatique exigeante : maintenir l’ancrage occidental sans froisser un voisin qui revendique désormais une parole forte sur l’ordre régional. Concrètement, plusieurs États du Golfe cherchent à diversifier leurs alliances en intégrant la Chine, l’Inde et la Russie dans leurs schémas sécuritaires, sans pour autant rompre avec leurs garants traditionnels. Cette diversification offre à Téhéran un espace narratif pour pousser sa vision d’un Golfe géré de l’intérieur.

Reste que la traduction opérationnelle d’un tel cadre demeure incertaine. Les divergences stratégiques entre l’Iran et plusieurs capitales arabes, notamment sur les dossiers yéménite, syrien et irakien, n’ont pas été dissipées par les ouvertures diplomatiques récentes. La capacité des riverains à bâtir un mécanisme commun sans tutelle extérieure constituera l’épreuve de vérité de la doctrine défendue par Khatam al-Anbiya. Selon Al Akhbar, le commandement iranien entend continuer à porter ce message dans les enceintes régionales.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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