La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a formalisé son adhésion au Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), plateforme portée par Afreximbank et adossée au projet d’intégration économique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Cette entrée aligne les six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) — Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, République centrafricaine et Tchad — sur une infrastructure conçue pour permettre le règlement instantané des transactions transfrontalières en monnaies nationales, sans recours systématique au dollar ou à l’euro comme devises pivots.
Un pivot pour la souveraineté monétaire régionale
Le choix de la BEAC dépasse la simple modernisation technique. En s’arrimant au PAPSS, l’institut d’émission commun aux six États confère au franc CFA d’Afrique centrale une passerelle directe vers les autres zones monétaires du continent, du naira nigérian au cedi ghanéen en passant par le dirham marocain. Jusqu’ici, la majeure partie des flux entre entreprises camerounaises et partenaires ouest-africains transitait par des banques correspondantes européennes ou américaines, générant délais de plusieurs jours et commissions substantielles.
Le dispositif porté par Afreximbank vise précisément à court-circuiter cette dépendance. Selon les projections publiques du PAPSS, l’écosystème pourrait faire économiser au continent jusqu’à cinq milliards de dollars par an en frais de conversion et de correspondance bancaire. Pour la CEMAC, dont les échanges intra-africains restent minoritaires par rapport aux flux avec l’Europe et l’Asie, l’enjeu est aussi de rendre le commerce sud-sud opérationnellement viable pour les PME.
Une adhésion attendue par les acteurs économiques
Depuis son lancement opérationnel en janvier 2022 avec les banques centrales ouest-africaines, le PAPSS avait progressivement élargi son périmètre. L’arrivée de la BEAC constitue un jalon symbolique : elle porte à plus d’une quinzaine le nombre de banques centrales connectées et complète le maillage des principales zones monétaires africaines. Les opérateurs pétroliers, forestiers et miniers d’Afrique centrale, dont les chaînes de valeur intègrent souvent des sous-traitants basés au Nigeria, au Ghana ou en Afrique du Sud, figurent parmi les premiers bénéficiaires identifiés.
Reste que l’adhésion institutionnelle ne suffit pas. La bascule technique impose désormais aux banques commerciales de la sous-région — filiales de groupes panafricains comme Ecobank, Attijariwafa Bank, UBA ou BGFI, mais aussi établissements locaux — d’intégrer les protocoles du PAPSS à leurs propres systèmes cœur. Cette phase de raccordement conditionne l’expérience utilisateur finale, notamment le délai de règlement effectif, promis à moins de deux minutes par les concepteurs du système.
Un test grandeur nature pour la ZLECAf
L’arrimage de la BEAC intervient alors que la ZLECAf peine à traduire ses ambitions tarifaires en flux commerciaux tangibles. Le commerce intra-africain plafonne autour de 15 % du commerce total du continent, contre plus de 60 % en Asie ou en Europe. Les frictions de paiement constituent l’un des freins régulièrement pointés par la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique. En rejoignant le PAPSS, la banque centrale sous-régionale envoie un signal aux investisseurs et aux exportateurs sur sa volonté de lever ces goulets d’étranglement.
La démarche s’inscrit également dans une réflexion plus large de la BEAC sur la modernisation de ses infrastructures de paiement, entamée depuis plusieurs années avec la refonte du système de règlement brut en temps réel et l’encadrement progressif de la mobile money. Le rapprochement avec le PAPSS complète cet arsenal en ouvrant un débouché continental à des flux jusque-là cantonnés à la zone franc.
Concrètement, la réussite de l’opération se mesurera à la vitesse d’onboarding des banques commerciales agréées et à la capacité du régulateur à harmoniser les procédures de conformité, notamment en matière de lutte contre le blanchiment et de reporting statistique. La BEAC devra par ailleurs coordonner sa position avec celle de la BCEAO, déjà membre du dispositif, pour éviter les frictions entre les deux zones franc. Selon Financial Afrik, l’accord marque un tournant dans la construction d’une architecture financière africaine plus autonome.
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