Le Gabon confie à Paymetrust les flux des paris en ligne

Crop anonymous male in casual clothes using smartphone on blurred background of streetPhoto : Tim Samuel / Pexels

Le Gabon vient de franchir une étape clé dans la structuration de son marché des jeux d’argent. La Gabonaise des Jeux (GDJ), entité publique instituée par décret pris en Conseil des ministres le 29 décembre 2025, a confié à Paymetrust la centralisation des flux financiers générés par les sites de paris en ligne opérant sur le territoire national. L’accord, présenté comme stratégique, positionne le prestataire panafricain de services de paiement comme opérateur technologique de référence du secteur des jeux publics en Afrique centrale. Il s’inscrit dans une réforme plus large visant à reprendre la main sur une industrie longtemps fragmentée.

Une réforme adossée à la souveraineté financière

La création de la GDJ répond à une logique de souveraineté. L’entité est chargée d’organiser, d’exploiter et de contrôler l’ensemble des activités de jeux de hasard, de loteries et de pronostics sur le territoire gabonais. Cette concentration des prérogatives met fin à un paysage éclaté où les flux générés par les paris numériques échappaient en partie aux circuits officiels. Libreville entend désormais tracer chaque transaction, sécuriser les recettes fiscales et encadrer l’activité des opérateurs privés présents sur le marché.

La convention signée avec Paymetrust traduit concrètement cette ambition. En centralisant les encaissements et les paiements liés aux mises et aux gains, la fintech doit fournir à la GDJ une visibilité en temps réel sur l’ensemble des mouvements financiers du secteur. L’opération s’apparente à une mise en conformité technologique du marché, longtemps évoquée par les autorités mais retardée par l’absence d’un opérateur intégrateur capable d’absorber le volume et la diversité des transactions.

Paymetrust, fintech montante du paiement africain

Le choix du partenaire n’est pas anodin. Paymetrust s’est imposée ces dernières années comme un acteur agrégateur sur plusieurs marchés d’Afrique de l’Ouest et centrale, en proposant des solutions d’orchestration entre banques, opérateurs de mobile money et plateformes marchandes. Son positionnement de passerelle technique correspond précisément aux besoins d’une structure comme la GDJ, qui doit interconnecter des dizaines d’opérateurs de paris, plusieurs réseaux de paiement mobile et le système bancaire national.

Concrètement, la société aura pour mission de collecter les mises déposées par les parieurs via leurs portefeuilles mobiles ou leurs cartes bancaires, de reverser les gains aux joueurs gagnants, et de remonter à la GDJ les soldes nets ainsi que les prélèvements fiscaux dus à l’État. Cette architecture de tiers de confiance limite les marges de contournement et offre à la régulation un point d’observation unique. Pour Paymetrust, le contrat constitue une vitrine régionale susceptible d’ouvrir des perspectives similaires au Cameroun, au Congo ou en République démocratique du Congo, où les loteries nationales engagent leur propre transition numérique.

Un marché des paris en pleine expansion

Le segment des paris en ligne connaît en Afrique centrale une croissance soutenue, portée par la pénétration du smartphone, la généralisation du mobile money et l’attrait des compétitions sportives internationales. Plusieurs États de la sous-région cherchent à canaliser ces flux pour financer des politiques publiques, à l’image du modèle déployé au Sénégal avec la Lonase ou en Côte d’Ivoire avec la Loterie nationale. Le Gabon, dont la population est largement bancarisée par le canal mobile, dispose d’un potentiel fiscal réel sur ce segment, jusqu’ici insuffisamment exploité.

Reste à mesurer la portée opérationnelle du dispositif. La réussite du partenariat dépendra de la capacité de Paymetrust à intégrer rapidement les opérateurs déjà actifs, ainsi que de la fermeté de la GDJ à imposer cette centralisation à des acteurs habitués à une plus grande latitude. Le calendrier de bascule technique n’a pas été précisé, mais le signal politique est clair : Libreville veut faire des jeux publics un levier de recettes maîtrisé, dans la continuité des réformes engagées par les autorités de transition pour assainir les finances publiques.

Par ailleurs, la convention pourrait servir de matrice à d’autres secteurs régulés, des taxes parafiscales aux concessions de services publics, où la traçabilité des flux constitue un enjeu récurrent. Selon Financial Afrik, le partenariat confère à Paymetrust un rôle pivot dans la modernisation des paiements liés aux jeux publics au Gabon.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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