Pêche : le Gabon ne renouvelle pas son accord avec l’Union européenne

Vivid orange fishing boats docked at Mar del Plata port in Argentina with industrial background.Photo : Marcelo Gonzalez / Pexels

Le Gabon a tranché : l’accord de partenariat de pêche durable conclu avec l’Union européenne ne sera pas reconduit au-delà du 28 juin 2026. La décision, assumée publiquement par les autorités gabonaises, met fin à un cadre de coopération halieutique perçu à Libreville comme structurellement défavorable au pays. Bruxelles, de son côté, conserve la porte ouverte à une renégociation, signe que la zone économique exclusive gabonaise reste un terrain stratégique pour les armateurs thoniers européens opérant dans le golfe de Guinée.

Un accord de pêche jugé déséquilibré par Libreville

Le grief gabonais tient en une phrase : les bénéfices du partenariat se sont concentrés du côté des navires européens, principalement espagnols et français, sans transformation tangible de la filière nationale. Les autorités estiment que les contreparties financières versées par Bruxelles, en échange de l’accès à la zone économique exclusive, n’ont pas suffi à compenser la valeur des captures réalisées par les thoniers senneurs. La doctrine officielle consiste désormais à reconquérir la maîtrise des ressources halieutiques, considérées comme un actif souverain à part entière.

Cette posture s’inscrit dans une tendance plus large observée sur la façade atlantique africaine, où plusieurs États remettent en cause les conditions d’accès accordées aux flottes étrangères. La question du transfert de technologie, du débarquement effectif des captures dans les ports locaux et de la création d’emplois directs revient systématiquement dans les arbitrages. À Libreville, le constat est sans appel : les retombées en matière de transformation à terre, de fiscalité et d’industrialisation sont demeurées marginales au regard du volume prélevé.

Bruxelles laisse la porte ouverte à un nouveau cadre

L’Union européenne n’entend pas pour autant tirer un trait définitif sur sa présence dans les eaux gabonaises. Selon les éléments rendus publics, la Commission européenne se dit disposée à rouvrir le dialogue afin d’aboutir à un accord rénové, susceptible d’intégrer les exigences nouvelles formulées par le Gabon. Le précédent protocole, articulé autour de l’octroi de licences à une trentaine de thoniers et palangriers européens, est désormais caduc.

Pour Bruxelles, l’enjeu dépasse le seul cas gabonais. La politique commune de la pêche repose sur un réseau d’accords bilatéraux conclus avec une dizaine de pays africains, du Sénégal aux Seychelles en passant par la Côte d’Ivoire et Madagascar. Chaque rupture fragilise la cohérence d’un dispositif pensé pour sécuriser l’approvisionnement du marché européen en thon tropical. Le golfe de Guinée, en particulier, constitue une zone de capture stratégique pour les conserveries implantées sur le pourtour méditerranéen et en Afrique de l’Ouest.

Vers une réappropriation de la filière halieutique gabonaise

La décision de Libreville pose une question concrète : quel modèle de substitution pour exploiter durablement les ressources de la zone économique exclusive gabonaise ? Les autorités misent sur un renforcement du pavillon national, sur la montée en puissance d’opérateurs privés locaux et sur l’attraction d’investissements ciblés dans la transformation à terre. La construction d’infrastructures portuaires dédiées, l’élargissement de la chaîne du froid et la formation de marins gabonais figurent parmi les leviers identifiés pour bâtir une filière intégrée.

Cette stratégie comporte néanmoins des risques. La pêche illicite, non déclarée et non réglementée prospère dans les zones où la surveillance maritime se relâche. En l’absence des moyens européens, qui contribuaient indirectement à la traçabilité des captures, le Gabon devra renforcer ses capacités de contrôle, qu’il s’agisse de patrouilles, de systèmes de positionnement par satellite ou de coopération sous-régionale dans le cadre du Comité régional des pêches du golfe de Guinée. La fenêtre est étroite entre l’affirmation de la souveraineté halieutique et la perte de revenus immédiats liés aux compensations financières européennes.

Reste à savoir si d’autres partenaires, asiatiques notamment, viendront combler l’espace laissé vacant. La Chine, la Corée du Sud et le Japon disposent de flottes thonières actives dans l’Atlantique central et pourraient se positionner sur le segment libéré par l’Union européenne. Le Gabon devra alors arbitrer entre maximisation des recettes à court terme et construction patiente d’une filière nationale créatrice de valeur ajoutée. Selon Gabon Review.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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