Kribi : la SCDP et le PAK accélèrent sur le terminal hydrocarbures

Aerial shot of large oil storage tanks in an industrial district with adjacent railway tracks.Photo : Diego F. Parra / Pexels

Six mois après la signature du protocole tripartite scellé entre le Port autonome de Kribi (PAK), la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP) et le consortium français Parlym/Negri, le terminal hydrocarbures de Kribi franchit un cap. Le 5 juin 2026, la directrice générale de la SCDP, Véronique Manzoua épouse Moampea Mbio, et le patron du PAK, Patrice Melom, ont arpenté le site retenu dans la zone industrialo-portuaire kribienne. Cette visite conjointe intervient après l’accord donné par la présidence de la République au financement du projet, dont le montant et le tour de table demeurent confidentiels.

Un chantier en deux temps pour le terminal hydrocarbures de Kribi

Le volet portuaire, confié à Parlym/Negri, comprend la construction d’un quai en eau profonde, une zone manifold et l’ensemble des installations nécessaires au transfert vers le futur dépôt terrestre. La première phase, planifiée sur 30 mois, doit livrer une capacité initiale de 140 000 m³ de produits blancs — essence super, pétrole lampant, gasoil — assortis de 12 000 tonnes métriques de gaz de pétrole liquéfié (GPL).

À l’horizon final, le terminal pétrolier de Kribi atteindra 230 000 m³ pour les produits raffinés et 40 000 tonnes métriques pour le gaz domestique. Pour la SCDP, la promesse est limpide : doubler des capacités actuelles plafonnées à 245 500 m³ de produits blancs et multiplier par huit la réserve nationale de GPL, aujourd’hui limitée à 5 005 tonnes métriques. Un saut quantitatif qui répond à la pression démographique et à l’élargissement continu de la consommation énergétique camerounaise.

Sécurité d’approvisionnement et réserves stratégiques

L’arrière-plan du projet déborde la stricte logistique portuaire. Le Cameroun reste tributaire des importations de produits raffinés, dépendance accentuée par les difficultés persistantes de la Société nationale de raffinage (Sonara) depuis l’incendie de 2019. Augmenter la profondeur des stocks revient à amortir les chocs sur les chaînes d’approvisionnement internationales, qu’il s’agisse de la volatilité des cours, de l’allongement des délais de fret ou des tensions géopolitiques qui rebattent régulièrement les flux pétroliers atlantiques.

En renforçant ses réserves stratégiques, Yaoundé se dote d’une marge de manœuvre face aux ruptures conjoncturelles. La logique est défensive autant qu’industrielle. Plus les capacités de stockage progressent, plus la SCDP peut lisser ses achats, négocier de meilleurs prix d’acquisition et amortir les épisodes inflationnistes qui frappent périodiquement la pompe.

Kribi, hub énergétique pour l’Afrique centrale

Le choix géographique n’a rien d’anodin. Le port de Kribi offre un tirant d’eau supérieur à celui de Douala, ce qui autorise l’accostage de navires de plus fort tonnage. Ce différentiel technique pèse lourd à l’heure où l’envasement chronique du port doualoïs impose des opérations de dragage coûteuses et récurrentes. Concrètement, déporter une partie de l’approvisionnement pétrolier vers Kribi devrait alléger la pression sur le corridor historique et réduire les coûts unitaires de débarquement.

Le terminal s’inscrit également dans une ambition sous-régionale. Les corridors routiers qui relient le Cameroun au Tchad et à la République centrafricaine font de Kribi une porte d’entrée naturelle pour ces deux pays enclavés. Si le calendrier est respecté et les infrastructures terrestres mises à niveau, la plateforme kribienne pourrait progressivement supplanter Douala dans l’acheminement des hydrocarbures vers N’Djamena et Bangui. Reste que la réussite de ce repositionnement dépendra du bouclage financier définitif, du respect des phases prévues et de la qualité des connexions logistiques.

L’équation reste à valider sur le terrain. Le coût final, encore tu, conditionnera la rentabilité d’exploitation et donc l’impact réel sur les prix à la consommation. La capacité du consortium franco-camerounais à livrer dans les délais annoncés sera le premier marqueur de crédibilité d’un projet présenté comme structurant pour la souveraineté énergétique du pays. Selon Investir au Cameroun, les modalités financières précises n’ont pas été divulguées par les parties prenantes.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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