La filiale camerounaise de Dangote Cement traverse un creux commercial persistant. Ses ventes de ciment au Cameroun se sont établies à 596 800 tonnes entre janvier et juin 2026, en recul de 13,1 % par rapport au premier semestre 2025, selon les résultats semestriels non audités du groupe nigérian publiés le 29 juillet. Après un premier trimestre à 300 000 tonnes, le volume écoulé entre avril et juin ressort par différence à 296 800 tonnes, soit une nouvelle baisse séquentielle de 1,1 %. Ce plafonnement autour de 300 000 tonnes par trimestre contraste avec l’ambition affichée en juin par la filiale : doubler ses capacités camerounaises à trois millions de tonnes annuelles à l’horizon 2028.
Annualisées mécaniquement, les ventes du semestre atteindraient 1,194 million de tonnes sur l’année, soit 79,6 % de la capacité installée actuelle mais seulement 39,8 % de la capacité projetée. Ces ratios ne mesurent pas le taux d’utilisation industrielle, le groupe ne publiant ni la production effective de l’usine de Douala ni les variations de stocks. Ils donnent néanmoins l’ordre de grandeur de l’effort commercial à consentir : au rythme actuel, écouler trois millions de tonnes exigerait de multiplier les ventes par 2,5.
Un deuxième trimestre sans rebond au Cameroun
La contraction paraît ralentir sans s’inverser. Après une chute de 15,8 % en glissement annuel au premier trimestre, le recul du deuxième trimestre peut être estimé à environ 10,2 %. Reste que les 296 800 tonnes calculées pour la période avril-juin demeurent inférieures aux 300 000 tonnes du trimestre précédent. Dangote impute cette contre-performance au ralentissement de la construction dans un contexte postélectoral, aux retards dans les dépenses publiques et à l’exécution plus lente des projets d’infrastructures. Le groupe présente ces facteurs comme temporaires et anticipe une reprise avec la relance des chantiers.
Cette lecture reste celle du cimentier. Les données publiques ne permettent pas d’isoler la part du ralentissement des chantiers de celle d’éventuels transferts de parts de marché vers les concurrents locaux. En 2025 déjà, les volumes de l’usine de Douala avaient reculé de 14,1 %, à 1,2 million de tonnes contre 1,4 million un an plus tôt. L’annualisation du premier semestre 2026 ramène pratiquement la filiale au niveau de l’exercice précédent, confirmant que le creux se prolonge.
Le Cameroun, station de broyage du réseau nigérian
L’installation de Douala n’est pas une cimenterie intégrée. Il s’agit d’une unité de broyage de 1,5 million de tonnes par an, dotée d’un quai permettant de décharger directement le clinker importé, ensuite mélangé à de la pouzzolane locale et du gypse. Cette configuration rattache la filiale camerounaise à la chaîne industrielle régionale du groupe. Au premier semestre 2026, les usines nigérianes de Dangote ont expédié 754 000 tonnes de clinker vers le Cameroun et le Ghana, en hausse de 56,7 % sur un an, sans que la répartition entre les deux pays soit détaillée.
La logique est assumée par le groupe dans une présentation stratégique publiée en juin : maximiser l’utilisation de la base d’actifs nigériane et alimenter les sites africains à partir des fours du Nigeria, sans construire de nouvelles unités de cuisson dans chaque marché. Ce modèle limite les investissements industriels lourds dans les pays desservis, mais maintient le Cameroun en aval de la chaîne de valeur. La cuisson du calcaire, étape la plus capitalistique et la plus créatrice d’emplois qualifiés, reste réalisée à l’extérieur.
L’enjeu du projet camerounais dépasse donc la simple addition de tonnages. La nature de l’outil futur importe autant que sa capacité nominale. Une nouvelle unité de broyage accroîtrait mécaniquement les besoins d’approvisionnement en clinker importé. Une cimenterie intégrée, adossée à un four et à une carrière, transformerait plus profondément la structure du secteur. Or, le Cameroun a importé 3 106 782 tonnes de clinker en 2025, pour 97,317 milliards de FCFA, selon l’Institut national de la statistique (INS). Ces achats ont progressé de 20,5 % en volume et représentent 1,9 % de la valeur totale des importations camerounaises.
Une deuxième cimenterie encore à préciser
La référence aux trois millions de tonnes n’est pas inédite. Dès l’inauguration de l’usine en 2015, les Services du Premier ministre évoquaient une capacité réelle de trois millions de tonnes selon le promoteur. Onze ans plus tard, Dangote Cement affiche toujours 1,5 million de tonnes installés au Cameroun. Le projet a repris une forme publique le 21 juillet 2026, à l’issue d’une audience entre le Premier ministre Joseph Dion Ngute et Devakumar Edwin, vice-président du groupe, lequel a confirmé l’intention de bâtir une nouvelle cimenterie à Douala et la recherche en cours d’un site.
Le stade reste préliminaire. Aucun document public ne précise le coût de l’investissement local, le calendrier des travaux, la capacité propre de la future usine ni la présence éventuelle d’un four à clinker. La localisation elle-même demeure ambivalente, entre l’extension de Douala et un projet antérieur de deuxième unité de 1,5 million de tonnes à Yaoundé. L’accord signé le 28 février 2026 avec le chinois Sinoma International Engineering, portant sur plus d’un milliard de dollars pour douze projets dans sept pays africains dont le Cameroun, ne comporte pas non plus de ventilation permettant d’isoler le montant réservé à Douala. Selon Investir au Cameroun, tant que le site, le financement et la configuration technique ne sont pas rendus publics, le passage à trois millions de tonnes reste un objectif annoncé plutôt qu’un chantier engagé.
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