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L’Alliance des États du Sahel, qui réunit le Mali, le Burkina Faso et le Niger depuis sa formalisation en 2023, a livré une réaction d’une discrétion remarquée à la suite des attaques coordonnées menées les 25 et 26 avril contre les forces armées maliennes et leurs supplétifs. Les opérations ont été revendiquées simultanément par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et par des factions rebelles touarègues regroupées sous la bannière du Cadre stratégique permanent. La concomitance des offensives, dans plusieurs localités du nord et du centre, marque une escalade significative.
Une réponse politique en demi-teinte de l’AES
Au lieu d’une condamnation unifiée et d’un plan d’action militaire commun, l’AES s’en est tenue à un communiqué de soutien aux autorités de Bamako, sans annonce opérationnelle de grande ampleur. Cette retenue contraste avec le discours fondateur de l’organisation, qui avait justifié sa création par la nécessité d’une mutualisation des moyens de défense face au terrorisme transfrontalier. Les capitales de Ouagadougou et de Niamey, elles-mêmes engagées sur leurs propres fronts intérieurs, semblent peiner à dégager des forces additionnelles pour le théâtre malien.
La séquence met en lumière une difficulté structurelle. La Confédération, officialisée en juillet 2024 lors du sommet de Niamey, peine à passer du registre déclaratoire à celui de l’opérationnalité. Un état-major conjoint avait pourtant été annoncé, avec la perspective d’une force unifiée de plusieurs milliers d’hommes. Sa montée en puissance demeure laborieuse, freinée par les contraintes logistiques, les divergences de priorités nationales et la persistance de zones grises sur le commandement.
Un nord malien sous double pression
La synchronisation des actions du JNIM et des groupes touaregs constitue le fait saillant de cette séquence. Les deux acteurs entretiennent des relations historiquement ambivalentes, parfois conflictuelles, mais leur convergence tactique sur le terrain vise à étirer le dispositif des Forces armées maliennes (FAMa). Depuis le retrait, fin 2023, des forces françaises de Barkhane et de la Mission multidimensionnelle des Nations unies (Minusma), Bamako s’appuie largement sur le partenariat avec les instructeurs russes, anciennement connus sous l’appellation Wagner et désormais réorganisés sous la bannière de l’Africa Corps.
Le retour des combattants du Cadre stratégique permanent dans plusieurs zones désertiques, après leur reflux consécutif à la chute de Kidal en novembre 2023, témoigne d’une recomposition territoriale rapide. Les rebelles touaregs exploitent les difficultés logistiques des FAMa dans des espaces où la profondeur stratégique joue contre les forces conventionnelles. Quant au JNIM, il consolide son emprise sur le centre du pays, multipliant les attaques contre les détachements isolés et les axes de ravitaillement.
Quelle trajectoire pour la confédération sahélienne ?
L’épisode interroge la profondeur du pacte politique scellé entre les trois régimes de transition. Sur le papier, l’AES affiche des ambitions élargies, qui dépassent le seul registre sécuritaire pour englober une monnaie commune, une banque d’investissement et une politique diplomatique coordonnée. Sur le terrain, la priorité reste la stabilisation intérieure de chaque membre, ce qui limite mécaniquement les capacités de projection mutuelle.
Les chancelleries occidentales et les voisins de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) observent attentivement ces signaux. Une AES incapable de répondre collectivement à une attaque d’envergure perdrait une part de sa crédibilité auprès de populations qui ont massivement adhéré au discours souverainiste porté par les juntes. Reste que la dynamique politique demeure forte, soutenue par un récit anti-impérialiste et par des rapprochements assumés avec Moscou, Ankara et certains acteurs du Golfe.
Les prochaines semaines diront si Bamako, Ouagadougou et Niamey traduiront leur solidarité affichée par des engagements opérationnels tangibles, notamment via le déploiement effectif de la force conjointe annoncée. À défaut, la double offensive d’avril aura confirmé que la guerre asymétrique au Sahel se gagne difficilement à coups de communiqués. Selon PressAfrik.
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