L’Algérie a clarifié sa position sur le dossier du Sahara occidental à l’occasion d’un discours prononcé dimanche dernier par le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, dans le cadre des cérémonies marquant la Journée mondiale de l’Afrique. Le chef de la diplomatie algérienne est revenu en détail sur les derniers mois de tractations diplomatiques autour de l’ancienne colonie espagnole. Alger affiche sa satisfaction quant à l’évolution des discussions, tout en confirmant qu’aucune de ses positions de principe n’a été abandonnée. Cette mise au point intervient à un moment charnière pour la médiation onusienne.
Une satisfaction mesurée sur l’avancée des négociations
Selon les termes employés par Ahmed Attaf, la séquence diplomatique des derniers mois aurait permis de remettre le dossier du Sahara occidental sur les rails d’un règlement conforme à la légalité internationale. Le ministre s’est dit satisfait du rythme imprimé aux échanges, sans toutefois livrer de calendrier précis ni divulguer la teneur exacte des contacts en cours. Cette tonalité tranche avec la crispation qui a longtemps caractérisé la communication algérienne sur le sujet, notamment depuis la rupture des relations diplomatiques avec Rabat en août 2021.
Pour Alger, l’inflexion sémantique ne signifie pas un infléchissement doctrinal. La capitale algérienne continue de considérer le différend comme une question de décolonisation inachevée, devant être tranchée par l’expression libre du peuple sahraoui. Le ministre a pris soin de rappeler que son pays n’est pas partie au conflit, mais voisin concerné et soutien historique du Front Polisario. Cette distinction, martelée depuis plusieurs années, conditionne la posture algérienne dans le format de négociations défendu par les Nations unies.
Les lignes rouges réaffirmées par Alger
Ahmed Attaf a tenu à réitérer les fondamentaux qui structurent la doctrine algérienne. Le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui demeure, aux yeux d’Alger, le seul cadre juridique légitime pour clore le dossier. Toute solution qui s’écarterait des résolutions du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale des Nations unies serait, selon cette lecture, dépourvue de validité. Le ministre a également insisté sur le rôle central que doit jouer la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental, la Minurso, déployée depuis 1991.
Cette grille de lecture s’oppose frontalement au plan d’autonomie sous souveraineté marocaine défendu par Rabat depuis 2007 et soutenu par un nombre croissant de capitales occidentales. Les ralliements successifs de Washington, Madrid et Paris à la formule marocaine ont nourri à Alger le sentiment d’un déséquilibre diplomatique. La récente reconnaissance par plusieurs États européens de la marocanité du territoire a accentué cette pression. Reste que l’Union africaine, où l’Algérie pèse lourd, continue de reconnaître la République arabe sahraouie démocratique comme État membre.
Un message adressé à plusieurs publics
Le choix de la Journée mondiale de l’Afrique pour délivrer ce message n’est pas anodin. En s’exprimant dans ce cadre panafricain, Ahmed Attaf rappelle que le dossier du Sahara occidental reste, du point de vue algérien, une affaire africaine régie par les principes de l’Acte constitutif de l’Union africaine, à commencer par l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation. Le discours s’adresse simultanément aux chancelleries du continent, aux partenaires européens tentés par un alignement sur Rabat et à l’opinion intérieure algérienne, particulièrement sensible à ce dossier.
Concrètement, la diplomatie algérienne cherche à reprendre l’initiative narrative après une séquence dominée par les succès diplomatiques marocains. La nomination de l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, Staffan de Mistura, et ses navettes régionales offrent à Alger une fenêtre pour repositionner ses arguments. La satisfaction affichée par Ahmed Attaf laisse entendre qu’un dialogue technique se poursuit en coulisses, même si les capitales maghrébines campent sur des récits inconciliables. La trajectoire des prochains mois dépendra largement de la capacité de la Minurso à obtenir un mandat renouvelé crédible et de l’évolution des positions au Conseil de sécurité.
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