La diplomatie ouest-africaine cherche un nouvel équilibre. Le médiateur mandaté par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) auprès de l’Alliance des États du Sahel (AES) milite pour l’instauration d’une coopération qualifiée d’exemplaire entre les deux ensembles régionaux. Cette position s’inscrit dans le prolongement du divorce institutionnel acté en début d’année par Bamako, Ouagadougou et Niamey, qui ont définitivement quitté l’organisation fondée en 1975. La démarche cherche à éviter que la rupture politique ne se traduise par un démantèlement des liens économiques, commerciaux et humains tissés depuis cinq décennies.
Un médiateur pour recoudre le tissu régional
La désignation d’un médiateur dédié traduit la volonté de la CEDEAO de maintenir un canal diplomatique permanent avec les trois États sahéliens dirigés par des juntes militaires. L’enjeu dépasse la simple symbolique. Les flux commerciaux entre les pays côtiers et les enclavés sahéliens représentent une part substantielle des échanges régionaux, et leur interruption brutale pénaliserait l’ensemble des économies concernées. Les ports d’Abidjan, de Lomé, de Cotonou et de Dakar restent des poumons logistiques pour le Mali, le Burkina Faso et le Niger, dépendants de corridors routiers traversant les territoires de la CEDEAO.
La diplomatie de la médiation repose sur un constat pragmatique. Au-delà des postures politiques, les populations vivant de part et d’autre des frontières partagent une histoire, des langues véhiculaires et des chaînes de valeur économiques largement intégrées. Couper ces liens reviendrait à fragiliser davantage des zones déjà éprouvées par l’insécurité djihadiste, les déplacements forcés et la dégradation des conditions de vie. Le médiateur défend ainsi une approche graduelle, fondée sur la préservation de la libre circulation et des dispositifs commerciaux préférentiels.
L’AES en quête d’autonomie stratégique
L’Alliance des États du Sahel, formalisée en septembre 2023 puis transformée en confédération, affiche une orientation souverainiste assumée. Les trois capitales ont multiplié les ruptures symboliques, qu’il s’agisse de la sortie du franc CFA évoquée à plusieurs reprises, du redéploiement de leurs partenariats militaires vers Moscou, ou de la création d’institutions parallèles à celles de la CEDEAO. La force conjointe de cinq mille hommes annoncée, le projet de passeport commun et l’embryon de banque d’investissement traduisent cette ambition de bâtir un espace alternatif.
Reste que l’autonomie totale demeure un horizon lointain. Les économies sahéliennes restent structurellement dépendantes des importations transitant par les façades maritimes ouest-africaines. Le coton burkinabè, l’or malien et l’uranium nigérien empruntent des routes commerciales que l’AES ne peut reconfigurer rapidement. Cette dépendance objective offre une marge de manœuvre à la médiation, à condition que les exigences politiques ne deviennent pas un préalable bloquant.
Les chantiers d’une coopération apaisée
Plusieurs dossiers concrets attendent un règlement négocié. La question des contributions financières dues par les trois pays au moment de leur sortie, le sort des fonctionnaires sahéliens employés dans les institutions communautaires, la continuité des projets d’infrastructures cofinancés et le maintien de la convention sur la libre circulation des personnes figurent parmi les sujets prioritaires. Chacun de ces dossiers porte une charge symbolique forte mais admet des solutions techniques si la volonté politique se manifeste.
Le médiateur s’appuie également sur le contexte sous-régional pour avancer ses arguments. Les défis sécuritaires, climatiques et démographiques transcendent les frontières et appellent des réponses coordonnées. La lutte contre les groupes armés actifs dans le Liptako-Gourma, la gestion des ressources hydriques partagées du bassin du Niger ou encore la sécurité alimentaire face aux aléas climatiques exigent une mutualisation des moyens. Aucun bloc, pris isolément, ne dispose des capacités suffisantes pour relever seul ces défis.
L’issue de cette médiation déterminera largement la physionomie de l’Afrique de l’Ouest pour la décennie à venir. Un scénario de coopération renforcée préserverait les acquis de l’intégration tout en reconnaissant la trajectoire distincte de l’AES. À l’inverse, une cristallisation des oppositions favoriserait l’émergence de deux espaces concurrents, au détriment des populations. Selon PressAfrik, le médiateur entend privilégier la première option en multipliant les contacts à Bamako, Ouagadougou et Niamey.
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