Un nouvel épisode meurtrier a frappé l’ouest de Gaza City à l’aube : un appartement a été soufflé par un tir attribué à l’aviation israélienne, provoquant un incendie qui a emporté la vie d’une mère de famille. Sa fille, piégée à l’intérieur, a pu être extraite in extremis des décombres en flammes. La petite fille se retrouve orpheline, son père ayant été tué quelques mois auparavant dans des circonstances non précisées.
Un immeuble d’habitation visé en pleine zone urbaine
La frappe s’est produite dans un quartier résidentiel de la partie occidentale de la ville, zone densément peuplée qui concentre une partie des familles déplacées depuis les offensives successives menées au nord de l’enclave. L’intensité du feu a longtemps empêché les secouristes d’atteindre l’enfant, un scénario récurrent dans les immeubles touchés par des munitions de forte charge, où l’effondrement partiel des dalles et la propagation rapide des flammes transforment chaque appartement en piège.
Les équipes de la Défense civile palestinienne, dont les moyens matériels se sont considérablement dégradés depuis le début des opérations, interviennent la plupart du temps sans véhicules anti-incendie en état, avec des outils rudimentaires. L’Organisation mondiale de la santé et le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) ont documenté à plusieurs reprises, depuis 2024, la destruction d’une large part de la flotte d’ambulances et de camions de secours circulant à Gaza, limitant la capacité à extraire les blessés dans les premières minutes, pourtant décisives en cas de brûlures graves.
Un bilan humain qui s’ajoute à une trajectoire déjà lourde
Au-delà de ce drame familial, l’épisode s’inscrit dans une séquence militaire marquée par la poursuite de frappes régulières sur le tissu urbain gazaoui, malgré les discussions récurrentes autour d’un cessez-le-feu durable. Depuis octobre 2023, les autorités sanitaires de l’enclave recensent plusieurs dizaines de milliers de morts, en majorité des femmes et des enfants selon les données compilées par le ministère palestinien de la Santé et reprises, avec des réserves méthodologiques, par les agences onusiennes. L’ONU a par ailleurs estimé que plus de 60 % du parc immobilier de Gaza avait été endommagé ou détruit, chiffre régulièrement actualisé par le programme UNOSAT à partir d’images satellitaires.
Les frappes sur des bâtiments résidentiels constituent l’un des points les plus sensibles du dossier sur le plan du droit international humanitaire. La Cour internationale de justice, saisie par l’Afrique du Sud en décembre 2023, examine depuis une procédure visant la conduite des opérations israéliennes au regard de la Convention sur le génocide. Plusieurs rapporteurs spéciaux des Nations unies ont, de leur côté, demandé l’ouverture d’enquêtes indépendantes sur des frappes spécifiques ayant touché des immeubles d’habitation, sans que ces demandes n’aient abouti à ce jour à un mécanisme contraignant.
La question du ciblage et de la proportionnalité
L’armée israélienne n’a, à ce stade, pas rendu publique la nature de la cible visée dans cet appartement de l’ouest de Gaza City, ni fourni d’éléments sur une éventuelle présence combattante. Dans la plupart des frappes contestées, Tsahal invoque la neutralisation d’un cadre militaire du Hamas ou du Jihad islamique, sans que les éléments de ciblage ne soient systématiquement rendus publics. Les organisations de défense des droits humains, parmi lesquelles Amnesty International et Human Rights Watch, ont publié depuis 2024 plusieurs enquêtes concluant à des violations possibles du principe de proportionnalité, pierre angulaire du droit des conflits armés.
Pour les diplomaties arabes et africaines engagées sur le dossier, de l’Égypte au Qatar en passant par l’Afrique du Sud et plusieurs pays du Maghreb, chaque frappe sur un immeuble résidentiel alimente la pression en faveur d’un cessez-le-feu permanent et d’un mécanisme d’enquête international. Le sort de la fillette extraite des flammes de ce logement de Gaza City résume, à lui seul, l’équation humanitaire que ces capitales tentent, sans succès notable depuis deux ans, de porter au Conseil de sécurité.
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