Le dernier appel d’offres de refinancement organisé par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) s’est soldé par un désintérêt marqué des banques commerciales de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). L’institut d’émission, qui mettait à disposition une enveloppe proche de 900 millions de dollars américains, n’a suscité qu’une réponse limitée des établissements de crédit, contraignant le régulateur monétaire à constater un taux de souscription inhabituellement faible. Ce signal, loin d’être anodin, éclaire la santé de trésorerie des banques et la trajectoire de la politique monétaire menée depuis Yaoundé.
Un guichet de refinancement désormais peu attractif
Les opérations hebdomadaires d’injection de liquidités constituent l’un des principaux leviers par lesquels la BEAC pilote les conditions monétaires dans les six pays de la zone, à savoir le Cameroun, le Gabon, le Congo, le Tchad, la Guinée équatoriale et la République centrafricaine. En temps normal, ces adjudications sont largement couvertes, les banques y voyant une source de financement à court terme pour ajuster leurs ratios prudentiels et soutenir leurs crédits à l’économie. Le désintérêt observé cette fois rompt avec cette habitude et traduit un recalibrage des besoins des établissements.
Plusieurs facteurs concourent à ce phénomène. D’une part, le coût de l’argent auprès de la banque centrale demeure élevé, dans un contexte où le taux d’intérêt des appels d’offres a été relevé à plusieurs reprises depuis 2021 pour contenir l’inflation importée et défendre la couverture extérieure du franc CFA de l’Afrique centrale. D’autre part, les banques de la sous-région disposent désormais de sources alternatives, notamment sur le marché des titres publics, où les rendements offerts par les États rivalisent avec ceux proposés par l’institut d’émission, tout en présentant un profil de risque jugé acceptable par la place.
Un marché interbancaire qui gagne en autonomie
La tiédeur manifestée face à l’offre de la BEAC suggère également que le marché interbancaire de la CEMAC a poursuivi sa structuration. Plusieurs grands groupes bancaires présents dans la zone, notamment des établissements d’origine marocaine, panafricaine et française, arbitrent leurs excédents de trésorerie de manière plus fluide entre filiales et contreparties régionales. Cette circulation interne des liquidités réduit mécaniquement la dépendance au refinancement de la banque centrale, au moins pour les acteurs les mieux capitalisés.
Le phénomène n’est toutefois pas homogène. Les banques de taille moyenne et certaines filiales locales continuent de dépendre du guichet central, en particulier dans les juridictions où la profondeur du marché est moindre. La désaffection actuelle pourrait donc refléter moins un excès général de liquidité qu’une segmentation accrue entre établissements excédentaires et établissements structurellement demandeurs, une réalité que la BEAC observe avec attention dans ses rapports de politique monétaire.
Des implications pour le financement de l’économie réelle
Pour les économies de la CEMAC, la question centrale demeure celle du financement de l’activité. Si les banques se détournent du refinancement de la banque centrale au profit de placements en titres souverains, l’effet d’éviction sur le crédit au secteur privé pourrait s’accentuer. Les petites et moyennes entreprises, déjà confrontées à des conditions de financement restrictives, risquent de voir l’accès au crédit se durcir davantage, alors même que les besoins d’investissement demeurent considérables, qu’il s’agisse d’infrastructures, de transition énergétique ou de diversification productive.
Ce découplage entre liquidité disponible et crédit distribué constitue un défi classique pour les autorités monétaires, mais il prend une acuité particulière dans une zone où la stabilité extérieure du franc CFA repose sur un arrimage à l’euro et sur le maintien d’un niveau suffisant de réserves de change. La BEAC devra arbitrer entre le resserrement nécessaire à la défense de la monnaie et le soutien à un tissu bancaire dont les appétits évoluent. Les prochaines adjudications seront scrutées pour déterminer si l’épisode actuel relève d’une anomalie ponctuelle ou d’une tendance de fond appelée à reconfigurer durablement la politique monétaire sous-régionale.
Selon les informations de Financial Afrik, cette sous-souscription intervient dans un contexte où la BEAC poursuit l’ajustement de son cadre opérationnel de politique monétaire.



Be the first to comment on "Les banques de la CEMAC délaissent l’offre de liquidité de la BEAC"