Liban : Salam prévient qu’aucun résultat n’est garanti face à Israël

Stunning night view of the Government Palace in San Miguel de Tucumán, Argentina, beautifully illuminated.Photo : Emiliano Rodríguez / Pexels

Le chef du gouvernement libanais, Nawaf Salam, a tenu à doucher les attentes entourant les négociations en cours avec Israël. Selon ses déclarations relayées par la presse de Beyrouth, aucun aboutissement n’est garanti à ce stade du processus diplomatique, malgré la médiation internationale qui encadre les discussions. Cette mise au point intervient alors que la frontière sud du pays demeure une zone de fragilité, plus d’un an après les hostilités intenses qui ont opposé le Hezbollah à l’armée israélienne.

Le Premier ministre a souligné que l’État libanais aborde ces échanges avec la volonté de préserver ses intérêts stratégiques, sans céder à la pression du calendrier imposé par les parties extérieures. La déclaration, mesurée mais ferme, vise autant l’opinion intérieure que les chancelleries occidentales qui poussent pour une désescalade durable le long de la Ligne bleue. Beyrouth entend rappeler que la délimitation des frontières, le retrait des positions israéliennes contestées et la question des prisonniers restent des dossiers distincts, non solubles dans un compromis global expédié.

Une diplomatie sous contrainte sécuritaire

Les pourparlers se déroulent dans un contexte où les frappes israéliennes sur le territoire libanais n’ont pas totalement cessé, en dépit du cessez-le-feu négocié fin 2024 sous l’égide des États-Unis et de la France. Le gouvernement Salam, formé en début d’année avec un mandat de redressement institutionnel, doit composer avec une armée libanaise déployée au sud du Litani et une scène politique divisée sur le rythme du désarmement des forces non étatiques. La marge de manœuvre du Sérail demeure étroite.

Pour le Premier ministre, ancien président de la Cour internationale de Justice, l’approche juridique prime sur l’improvisation politique. Il insiste sur le respect du droit international et de la résolution 1701 du Conseil de sécurité, cadre de référence depuis 2006. Cette posture cherche à conférer aux négociations un socle normatif que les interlocuteurs israéliens, eux, abordent davantage sous l’angle sécuritaire bilatéral. L’écart de doctrine explique en partie la prudence affichée par Beyrouth quant aux perspectives d’accord.

Le poids du calendrier régional

La séquence diplomatique libanaise s’inscrit dans un environnement régional mouvant. La recomposition syrienne, la pression américaine sur Téhéran et les arbitrages stratégiques du Hezbollah après ses revers militaires modifient les rapports de force qui sous-tendent toute négociation. Nawaf Salam le sait : un accord conclu trop vite, sans garanties tangibles sur le retrait israélien des cinq positions encore occupées et sur la cessation des survols aériens, serait politiquement intenable à l’intérieur.

Le chef du gouvernement a, par ailleurs, rappelé que la légitimité de la délégation libanaise repose sur un mandat clair, défini en coordination avec la présidence de la République et la présidence du Parlement. Cette articulation institutionnelle, rare dans l’histoire récente du pays, vise à éviter les surenchères internes susceptibles de fragiliser la position nationale. La nouvelle troïka au pouvoir tente ainsi d’incarner une diplomatie d’État, là où les années précédentes avaient vu la politique étrangère libanaise se diluer dans les jeux confessionnels.

Des attentes économiques en arrière-plan

Au-delà du volet sécuritaire, la stabilisation de la frontière sud conditionne la reprise économique d’un Liban exsangue. Le redressement bancaire, les négociations avec le Fonds monétaire international et la perspective d’investissements arabes du Golfe dépendent, en grande partie, de la crédibilité diplomatique retrouvée du pays. Toute avancée tangible avec Israël pourrait débloquer des financements de reconstruction estimés à plusieurs milliards de dollars pour les zones dévastées du Sud et de la Bekaa.

Reste que Nawaf Salam refuse de lier explicitement les deux agendas, jugeant qu’une telle conditionnalité affaiblirait la position libanaise à la table. La prudence affichée traduit donc moins un pessimisme qu’un calcul : ménager l’opinion, préserver les marges et éviter qu’une éventuelle rupture des discussions ne soit perçue comme un échec personnel du gouvernement. Selon Al Akhbar, le Premier ministre entend poursuivre les contacts tant que ceux-ci servent les objectifs souverains du pays.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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