Liban : la Résistance répond au plan Mladenov sur le désarmement

Captured view of Beirut's skyline with the Lebanese flag during sunset, showcasing urban architecture.Photo : Jo Kassis / Pexels

La Résistance libanaise a transmis sa réponse formelle à la proposition portée par l’envoyé spécial des Nations unies Nickolay Mladenov, document qui agite la scène politique de Beyrouth depuis plusieurs semaines. Le principe défendu par le Hezbollah et ses alliés tient en une formule : un éventuel « monopole étatique des armes » ne pourra être discuté qu’en contrepartie d’un retrait complet de l’armée israélienne des positions qu’elle occupe dans le sud du Liban. La séquence intervient alors que les hostilités transfrontalières ont laissé un pays exsangue et une frontière sud sous tension permanente.

Le plan Mladenov, un cadre contesté

La feuille de route attribuée à Nickolay Mladenov reprend une exigence ancienne des chancelleries occidentales : la remise des armes des formations non étatiques à l’armée libanaise, conformément à l’esprit de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU. Le document, qui a circulé entre Beyrouth, New York et plusieurs capitales arabes, place le désarmement du Hezbollah au cœur de toute stabilisation politique et économique du Liban. Il s’inscrit dans la continuité des médiations engagées depuis le cessez-le-feu de novembre 2024.

Pour la Résistance, ce schéma souffre d’un déséquilibre fondamental. La partie israélienne n’a pas évacué l’ensemble des points qu’elle contrôle au sud du fleuve Litani, et les frappes aériennes se poursuivent par intermittence. Aborder la question du « hasr al-silah », littéralement la restriction des armes au seul appareil d’État, sans contrepartie territoriale revient, selon les cadres du parti, à dévaloriser unilatéralement l’arsenal de dissuasion construit depuis deux décennies.

« Monopole des armes » contre retrait : la séquence proposée

La réponse remise aux médiateurs articule un calendrier en plusieurs phases. Première étape : un retrait israélien intégral des collines et villages frontaliers encore occupés, accompagné de l’arrêt vérifiable des survols et des bombardements. Deuxième étape : la reconstruction des localités méridionales détruites, dossier estimé à plusieurs milliards de dollars et resté en suspens faute d’engagement financier des bailleurs du Golfe. Ce n’est qu’à l’issue de ces préalables que pourrait s’ouvrir une discussion interne libanaise sur la stratégie de défense nationale, formule consacrée qui englobe le statut des armes du Hezbollah.

Cette séquence inverse l’ordre des priorités défendu par Washington et Paris, qui souhaitent voir le gouvernement libanais reprendre la main sur l’ensemble du territoire avant toute négociation sur les frontières. La Résistance, elle, considère que la souveraineté ne peut être invoquée à sens unique, et que la pression doit s’exercer d’abord sur la partie israélienne. Le raisonnement vise également à protéger la légitimité interne du mouvement, alors qu’une partie de la classe politique libanaise réclame désormais ouvertement le désarmement.

Une équation libanaise sous tutelle régionale

La réponse adressée à Nickolay Mladenov dépasse la seule arithmétique militaire. Elle engage les rapports entre Beyrouth, Téhéran et Damas, tout en testant la capacité de l’administration américaine à imposer un cadre négocié à son allié israélien. Les émissaires de Washington, qui pilotent en parallèle un canal direct avec le cabinet du Premier ministre libanais, exigent des résultats rapides en échange d’un déblocage de l’aide internationale et d’une éventuelle conférence des donateurs.

Sur le terrain, la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) constate la persistance des incursions et la difficulté de faire appliquer le cessez-le-feu dans sa lettre. Le déploiement annoncé de plusieurs milliers de soldats libanais supplémentaires au sud du Litani avance, mais sa portée reste conditionnée à la liberté de mouvement effective des unités. Chaque incident frontalier alimente l’argumentaire de la Résistance, pour qui la menace israélienne justifie le maintien d’une capacité armée autonome.

Reste à savoir si le canal Mladenov survivra à ce contre-projet, ou si les médiateurs choisiront de revoir l’architecture du dossier. Plusieurs diplomates européens évoquent déjà la nécessité d’un texte intermédiaire, qui intégrerait la séquence retrait-reconstruction-désarmement défendue par Beyrouth. À court terme, le rapport de force sur la ligne bleue restera déterminant pour fixer les marges de manœuvre des parties. Selon Al Akhbar, la réponse de la Résistance a été formellement remise aux interlocuteurs onusiens.

Pour aller plus loin

Liban : le Hezbollah dévoile le drone intelligent de Galilée · Liban : Hezbollah et Israël entre frappes et négociations indirectes · Maariv : Israël paie le prix de son alignement sur Trump

Actualité africaine

About the Author

Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

Be the first to comment on "Liban : la Résistance répond au plan Mladenov sur le désarmement"

Laisser un commentaire