Les licences de pêche au Sénégal sont au cœur d’une controverse qui mobilise l’exécutif. Selon les informations relayées par la presse locale, le secrétaire général du gouvernement, Al Aminou Lô, s’est saisi du dossier afin de calmer la grogne suscitée par l’attribution et le renouvellement de droits d’exploitation maritime. L’intervention de cette figure technocratique, rare sur un sujet sectoriel, traduit la sensibilité politique du contentieux pour les autorités de Dakar.
La pêche occupe une place stratégique dans l’économie sénégalaise. Elle constitue l’une des principales sources de devises, emploie plusieurs centaines de milliers de personnes le long du littoral et alimente l’essentiel de la consommation protéique des ménages. Toute remise en cause de la gouvernance du secteur résonne donc bien au-delà du périmètre administratif des affaires maritimes.
Une crise née de la contestation des licences
Le différend porte sur la liste des navires autorisés à opérer dans les eaux sénégalaises, document dont la publication a relancé un débat ancien sur la transparence des autorisations délivrées à des armateurs nationaux et étrangers. Les organisations professionnelles de la pêche artisanale dénoncent depuis plusieurs mois la présence supposée de bateaux opérant sous pavillon de complaisance ou disposant de droits jugés indus, dans un contexte de raréfaction des ressources halieutiques.
Les nouvelles autorités, arrivées au pouvoir en 2024 sur une promesse de rupture, avaient fait de la révision des accords de pêche et de la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) l’un de leurs marqueurs. La publication par le ministère de tutelle d’une liste révisée des licences visait précisément à instaurer davantage de lisibilité. Mais l’exercice a provoqué l’effet inverse, certains opérateurs s’estimant lésés et d’autres acteurs pointant des incohérences dans les attributions.
Al Aminou Lô en médiateur de la Primature
L’entrée en scène d’Al Aminou Lô s’inscrit dans une logique d’arbitrage interministériel. En tant que secrétaire général du gouvernement, il dispose des prérogatives nécessaires pour coordonner les administrations concernées, du ministère des Pêches à celui de l’Économie, en passant par les services chargés de la sécurité maritime. Sa démarche viserait à clarifier le cadre juridique applicable et à rétablir un dialogue interrompu avec les fédérations de pêcheurs.
Cette médiation au plus haut niveau de l’État illustre la difficulté pour le gouvernement à concilier trois exigences souvent contradictoires. Préserver les recettes publiques tirées des accords de pêche, notamment ceux conclus avec des partenaires européens et asiatiques. Protéger la pêche artisanale, principale pourvoyeuse d’emplois côtiers. Et garantir la durabilité d’un stock halieutique en déclin documenté depuis plus d’une décennie par les scientifiques régionaux.
Un enjeu de souveraineté et de crédibilité
Au-delà du contentieux immédiat, le dossier engage la crédibilité du discours souverainiste porté par l’actuelle équipe gouvernementale. Le Sénégal a fait du contrôle de ses ressources maritimes un symbole de son repositionnement stratégique en Afrique de l’Ouest, à l’heure où la sous-région se débat avec une concurrence accrue dans la zone économique exclusive et une montée des actes de pêche illégale.
La gestion des licences cristallise également les attentes des communautés littorales, durement frappées par la baisse des captures et la migration irrégulière qui en découle. Plusieurs villages de pêcheurs sont devenus, ces dernières années, des points de départ majeurs vers les Canaries, transformant la question halieutique en enjeu migratoire et sécuritaire.
L’issue de la médiation conduite par la Primature sera scrutée par les bailleurs internationaux, notamment l’Union européenne, dont l’accord de partenariat de pêche durable avec Dakar a expiré en 2024 sans reconduction immédiate. Les acteurs privés, eux, attendent une visibilité réglementaire qui conditionne leurs investissements en navires, infrastructures de débarquement et capacités de transformation. Selon Seneweb, les discussions engagées par Al Aminou Lô doivent permettre de présenter rapidement un dispositif consensuel afin d’éviter une escalade du conflit social.
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